La médecin et musicienne Béatrice Deslarzes publie des mémoires
La Valaisanne Béatrice Deslarzes a toujours fait parler d’elle et continue, à 72 ans. Après une carrière mouvementée de médecin ORL dans les hôpitaux genevois et à la prison de Champ-Dollon et lors des prises de positions musclées comme membre fondateur et porte-parole d’Exit Suisse Romande, elle est devenue jazzwoman puis s’est engagée dans la musique électronique pour, enfin, faire ses premiers pas en politique une fois septuagénaire. Parcours pour le moins atypique que celui de Béatrice Deslarzes. Rebelle malgré moi, le récit de sa vie paraît aux éditions Publi-Libris recueilli et mise en forme par Grégoire Montangero. Ce livre de 262 pages révèle une femme hors du commun, Valaisanne jusqu’au bout des ongles, culottée, franche et aux idées souvent en avance sur son temps. Lecteurs avides de mièvreries s’abstenir !
D’emblée, cet ouvrage dévoile un véritable tempérament. Forte tête capable de s’opposer aux pontes de la médecine genevoise et de faire face à de redoutables criminels détenus à Champ-Dollon, Béatrice Deslarzes apparaît comme une sacrée bonne femme. Toute jeune déjà, elle a dû composer avec les graines de rébellion qu’elle sentait germer en elle. Ni son autoritaire de père ni ses maris ni les convenances n’ont réussi à dompter cette farouche libertaire.
Devenue médecin sur le tard elle a entrepris ses études à l’âge de 32 ans ! , elle s’est refusée à ouvrir un cabinet : « Je tenais à échapper à l’obligation de rentabilité et à la tentation de glisser vers cette « médecine business » que j’exècre», explique-t-elle dans son livre, avant de poursuivre : «J’ai préféré m’investir sans compter pour mes patients pendant plus de trente ans, quitte à toucher un salaire bien inférieur à celui d’un praticien indépendant.»
En tant que consultante ORL à la prison de Champ-Dollon, elle a été «dégoûtée par les injustices, les marques d’irrespect et les brutalités diverses que s’autorisent les matons.» Un fort idéal guide Béatrice Deslarzes : respect de l’homme et de la nature, refus de la décrépitude, acceptation de la mort.
Avec une telle configuration mentale, Béatrice Deslarzes ne pouvait que souscrire à la philosophie d’Exit l’Association pour le droit de mourir dans la dignité dont elle a été un des initiateurs en Suisse romande. En 1982, un tel engagement suscitait de vives controverses. Béatrice, alors porte-parole du mouvement, se remémore une certaine émission de la TSR à laquelle elle avait participé: «une véritable coalition qui aurait bien pu aboutir à mon lynchage médiatique.»
Malgré ses nombreux combats, Béatrice Deslarzes n’a pu totalement renoncer à son amour de jeunesse : la musique. Dans la cinquantaine rugissante, elle a entamé une carrière de jazzwoman qui l’a conduite dans tous les clubs de Suisse romande et jusqu’à la grande scène du Montreux Jazz Festival pour un duo improvisé avec Bobby McFerrin ! Après un premier CD Refuge réalisé avec une superbe brochette de musiciens genevois, la «toubib chanteuse» a pris un virage audacieux. A plus de 60 ans, elle est devenue La Mamie de l’Electro, troquant son orchestre contre des ordinateurs et les standards de jazz contre des chansons à elle, engagées et décoiffantes!
Aujourd’hui, en parallèle à son récit de vie, Béatrice Deslarzes publie un remix de son CD Rebelle, premier opus de La Mamie de l’Electro. Celui-ci contient les dix titres originaux, revisités par les meilleurs remixeurs romands: Kid Chocolat, Nic Ulmi, Pol, Dual II et Version F.
Tant cette nouvelle galette ainsi que son deuxième CD Rebelle traduisent la vitalité de cette mamie pas comme les autres qui n’a décidément ! pas dit son dernier mot. Celui-ci interviendra lorsque Béatrice considérera en être réduite à «se consumer en consommant». Le jour où, comme elle l’explique : «Je n’aurai plus de projet créatif, que je me sentirai inutile ou que l’envie de mourir sera plus forte que celle de vivre, je n’aurai plus rien à faire sur terre». Et ce jour-là, elle fera appel à Exit. Star en puissance, elle l’annoncera sur son blog ! Mais, dans l’immédiat, elle compte encore s’investir pour défendre le talent des autres avec sa Fondation Béa pour Jeunes Artistes en étant sa présidente et l’administratrice responsable. Une dimension de plus de cette superwoman à découvrir dans Rebelle malgré moi.
Trois questions à Béatrice Deslarzes
Comment avez-vous vécu la préparation de ce livre et quel a été votre rapport avec Grégoire Montangero le co-auteur de Rebelle malgré moi ?
Ce projet a connu des hauts et des bas et m’a inspiré toutes sortes d’états d’âme. Après avoir décidé de nous lancer à l’aventure en automne 2007, l’année suivante fut un peu un passage à vide. Mais nous nous sommes remis à la tâche en 2009, année fructueuse qui a abouti à ce récit de vie auquel nous avons beaucoup travaillé ensemble avec plaisir.
Exercice facile ou difficile que celui de confier une grande partie de son quotidien, mais aussi de sa vie intime ?
Cette mise à nu fut très émotionnelle. Ce n’est pas toujours facile de se livrer. Les larmes me sont plusieurs fois montées aux yeux à l’évocation de certains souvenirs tristes mais aussi joyeux.
Une fois publié, ce livre est-il un aboutissement, une sorte de testament ; comment voyez-vous la suite après ce bilan ?
Loin de moi l’idée d’arrêter mes différentes activités. J’ai un projet politique comme municipale à la Commune de Veyrier à Genève qui va me prendre pas mal de temps. La Fondation Bea pour Jeunes Artistes constitue une charge relativement lourde et qui me demande une grande disponibilité.
Et qui sait pour la musique ? Je risque peut-être de remonter sur scène avec ce CD Rebelle remixed dont il me reste à assurer la promotion.
Cependant, ce livre pourrait bien devenir un testament si je devais tomber gravement malade et mettre fin à mes jours avant d’être un légume, conformément à mes idées de dignité humaine.