Quand la peinture permet à un criminel endurci de se réhabiliter…
 

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Gangsterino - Vie et destin d'Angelo Donadoni
par Denise Gilliand et Alain Maillard

Ce coffret DVD + livre présente la biographie romancée d'un gangster international devenu peintre en prison. La vie tumultueuse d'Angelo Donadoni nous fait découvrir le monde endurci de la criminalité et fait réfléchir aux difficultés de la réinsertion.

Une rencontre entre une réalisatrice, un écrivain et un gangster

J'avais beau me dire que ce n'était pas ma première visite en prison, l'appréhension me nouait l'estomac. Franchir le sas d'entrée, puis le grillage barbelé. Traverser un espace vide, priant que les gardiens à la ronde tiennent bien leurs chiens noirs en laisse, ignorant les sifflets des quelques détenus me matant des fenêtres, leurs coudes côtoyant leurs chaussures déposées sur le rebord pour atténuer l'odeur en cellule. Se faire fouiller, passer et repasser le détecteur de métal, se sentir coupable aux yeux des gardiens. Marcher dans des couloirs qui n'en finissent pas. Entrer dans les Etablissements pénitentiaires de l'Orbe, à Bochuz, c'est au fil de ces quelques courtes étapes qui paraissent si longues, se projeter dans un autre monde. Loin, très loin de la paisible campagne environnante, un monde de tensions et d'hommes blessés.

J'y venais assister aux répétitions d'une pièce de théâtre. Quand le metteur en scène me présente ses acteurs, une dizaine de détenus, je ne cherche pas à me renseigner sur ce qu'ils ont fait. Intimidée, je préfère ne pas le savoir. Parmi eux, il y a un petit homme chauve et moustachu, à l'allure très ordinaire. Mais il détone par sa gaité, son sourire, son sens de la communication. Il s'appelle Angelo Donadoni. Il est alors en détention depuis dix ans. Dont cinq en isolement dans les fameux quartiers de haute sécurité (QHS). Ça semble ne pas l'avoir cassé. Il me montre ce qu'il peint, en autodidacte, et m'offre un tableau qui me plaît beaucoup. Je suis émue.

Je ne tarde pas à découvrir son pedigree de gangster à la dimension internationale, accusé de 70 hold-ups à main armée et auteur de deux évasions spectaculaires. Il est considéré comme un vrai caïd, un danger public. Les gardiens de la prison s'en méfient, la direction le fait surveiller de près, craignant autant le meneur que le roi de l'évasion. Au moins, me dis-je alors, il n'a jamais tué. Il l'affirme, et rien dans son dossier n'indique le contraire. Ce n'est que plus tard que je prendrai la mesure de son parcours au plus haut niveau de la mafia, et devinerai qu'il est sans doute impliqué dans de sanglants règlements de comptes.

Mais la question que je me pose alors reste valide: a-t-il changé? Rien, dans son attitude au cours de ces répétitions théâtrales, ne ressemble à celle d'un criminel enfermé. Ni résignation, ni haine du monde. Seule peut-être une sourde colère. Ni paranoïa, ni haine de soi. Mais un instinct de vie d'une rare violence. Un regard lucide sur sa propre situation, une volonté tenace de s'en sortir. Ne devait-on pas lui en accorder la possibilité? Dans les locaux de notre société de production vidéo, "3B", nous avions aménagé une galerie de peinture. Une idée germe alors en moi: exposer Donadoni. Il ne l'a encore jamais été. Lorsque je retourne le voir au parloir, quelques jours après, ma proposition le séduit immédiatement. Nous allons donc exposer une trentaine de ses tableaux, et en faire un événement médiatique. Comme il n'a pas l'autorisation de sortir pour assister au vernissage, je décide de tourner un petit documentaire sur lui et sur son art, afin qu'il soit malgré tout présent au vernissage. Le chef du service social de la prison nous appuie dans notre démarche. Au cours du tournage, je l'interviewe longuement et noue une relation amicale.

Le personnage me trouble par ses ambiguïtés. Il ne regrette rien et sourit en racontant ses exploits passés. Pourtant, il ne recommencerait pour rien au monde, "même pas pour dix millions!" Peut-on le croire? Jugé et condamné dans quatre pays d'Europe, Angelo Donadoni a écopé au total de quatre-vingt deux ans de prison. Il en fera probablement trente à quarante. Il a passé sept ans dans les prisons françaises avant d'être extradé en Suisse, où il a été condamné à deux reprises, à dix et à cinq ans de prison. Il y restera jusqu'en 1995. La Belgique et l'Italie demandent à leur tour son extradition. Son avenir n'est pas près d'être libre.

Il y a pourtant en lui un insaisissable rayonnement. Une force d'attraction qui subjugue bien des femmes. Direct, sans complexe, il va s'attirer, au fil des années, la sympathie et l'amitié de plusieurs dizaines de personnalités régionales, écrivains, journalistes, politiciens. D'une exposition à l'autre, sa peinture va retourner les titres de presse en sa faveur.

Lorsque je fais sa connaissance, Angelo en a marre de cette image de dangereux gangster qui lui colle à la peau. Elle n'est pas injustifiée, il l'admet mais il aimerait bénéficier d'un peu de tolérance. Il revendique lui-même le droit au changement. C'est d'ailleurs en partie pour modifier son image et pour se créer une nouvelle identité qu'il a persisté à peindre, au-delà du jeu des premiers essais. Mais l'aventure l'a mené plus loin qu'il ne l'imaginait. Son œuvre est riche et inhabituelle. Il a inventé une technique dont il garde jalousement le secret. Lors du tournage, il nous a interdit tout gros plan pouvant la dévoiler.

La première représentation de la pièce de théâtre dans laquelle joue Angelo, "Pour quelques taulards de plus", est donnée à Bochuz en 1989. Un public nombreux est venu de l'extérieur, et l'apéritif qui suit sert de cadre à des scènes émouvantes. Le prétexte du théâtre a incité des détenus à inviter des proches qu'ils n'avaient pas revu depuis leur arrestation. L'un d'eux, Pierre, qui a tué sa femme, retrouve sous mes yeux sa fille. Il jouait son propre rôle dans la pièce, il a pu dire à sa fille ce que jamais il n'aurait pu formuler en la regardant dans les yeux. La presse du lendemain évoque la prestation remarquable d'Angelo. Il en est fier et collectionne les articles.

L'exposition que nous organisons lui procure un nouveau succès. Une centaine de personnes, dont une quinzaine de journalistes, répondent à l'invitation au vernissage. Bien sûr, ce qui attise la curiosité, c'est d'abord l'identité de l'auteur. Ce gangster qui se prend pour un artiste, c'est une bonne "story". Mais ses toiles ne sont pas faites de quelques coups de pinceau désordonnés. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas, c'est une œuvre travaillée, au style original. Les articles, le lendemain, sont élogieux. L'histoire d'Angelo paraît basculer. Ce sera peut-être celle d'une rédemption exemplaire.

Le droit au changement, c'est une notion que je défends depuis des années. Et qui remue de vieux souvenirs. A 17 ans, je faisais une première incursion en milieu carcéral. C'était à Mexico, à la prison centrale de la ville. Là aussi pour assister au travail du même metteur en scène, Serge Sandor, qui y montait un spectacle écrit et joué par des détenus. Eduardo était son scénariste favori. Il avait été jugé coupable d'avoir tué ses grands-parents à coups de hache. Je le savais au moment de lui serrer la main. Le crime me paraissait si terrible, si impardonnable que j'en avais froid dans le dos. Mais c'était lui qui portait le projet, lui qui, par son enthousiasme créatif, motivait les autres détenus. En prison, les moyens d'expression sont rares. Avec le théâtre, Serge leurs offrait la possibilité de mettre leurs tripes à nu et de découvrir en eux-mêmes des qualités qu'ils ne soupçonnaient pas. Nous avons bu un verre avec Eduardo dans sa cellule. La discussion fut passionnante, l'atmosphère chaleureuse en dépit du décor.

Lorsque nous sommes ressortis de la prison, j'étais partagée entre deux sentiments opposés et contradictoires. A travers Eduardo, j'étais passée, en moins de deux heures, d'un sentiment de rejet et de peur inspiré par un assassin à un sentiment de sympathie pour un être humain. Cette rencontre a marqué un tournant pour moi. Je ne suis plus retournée dans cette prison, mais j'y ai compris qu'aucun homme ne doit être définitivement condamné à l'exclusion. Depuis, je porte en moi cette question: lorsqu'on a transgressé les frontières de la violence, peut-on à nouveau vivre normalement, aimer et être aimé? Je veux le croire. C'est pour moi la meilleure raison de s'opposer à la peine de mort.

Par la suite, je retourne régulièrement voir Angelo au pénitencier de Bochuz. Il me parle de plus en plus ouvertement de son passé. Il a vécu vite, croquant la vie à pleines dents. Parfois, je lui demande ce qu'il ressent. Il en sourit. Il ne ressent rien. Il en sourit et il en souffre: il aimerait réapprendre à vivre avec des sentiments, et n'y arrive pas. Enfant, il a appris à ne plus aimer, à ne plus s'attacher pour ne plus souffrir des séparations. Depuis, il est en perpétuelle lutte contre ses émotions et contre lui-même. Tiraillé, il aimerait casser cette coquille qui lui a trop servi d'armure, mais il ne veut pas perdre son statut de caïd en se montrant vulnérable. Il semble heureux de recevoir mes visites, mais il tient à montrer qu'elles ne lui manquent pas lorsqu'elles s'espacent. C'est une attitude à la fois déroutante et rassurante. Il n'y a jamais chez lui l'ombre d'un reproche ou d'une demande. Il respecte mes allées et venues et semble ne rien attendre. Chaque rencontre est un plaisir, en dépit de ces lieux sordides et loin de tout sentiment de dépendance.

Une après-midi où nous discutons de tout et de rien, Angelo me donne soudain un manuscrit. Il y raconte des bribes de son passé. A-t-il besoin de se libérer d'un poids? Rentrée chez moi, je dévore le texte. Il y raconte un peu de son enfance, de ses braquages et du milieu de la pègre. Je reste sur ma faim. Un ami le lit aussi et me suggère l'idée d'écrire un film sur la vie d'Angelo. Les semaines passantes, les questions que je me posais depuis longtemps sur les frontières de la violence, sur la justice, sur le droit au changement resurgissent comme des obsessions. J'ai envie de comprendre les mécanismes qui mènent au crime et la part de responsabilité de chacun: l'individu, l'entourage, la société.

Angelo est enchanté par le projet de film. Flatté, bien sûr, ravi d'échapper à l'ennui ordinaire, conscient que ça peut lui être utile. Mais il y a plus. Pour reconstituer sa vie, je vais longuement l'interviewer. Après de longues démarches, j'obtiens l'autorisation de me rendre quotidiennement à Bochuz pendant une dizaine de jours, munie d'un dictaphone. De cet exercice proche de la confession, Angelo attend beaucoup pour lui-même. Il espère y trouver une clé qui l'aide à ouvrir ce qu'il appelle sa coquille. Il semble y être prêt. Jamais, jusque-là, il n'a pu se livrer franchement. Jamais il n'a eu affaire à une écoute dont il ne doive se méfier. Il a toujours menti, par obligation, par intérêt ou par habitude.

Nos entretiens se déroulent au parloir, une salle triste à l'allure de cantine. Nous sommes généralement seuls, en-dehors des heures de visite, à peine isolés par un paravent s'il y a du monde. Par moments, son regard est limpide, direct et pétillant. Puis il devient fuyant et sombre, surtout quand on en arrive à sa période mafieuse. Le temps qu'il choisit de passer à décrire en détail certaines scènes, ou au contraire l'énergie qu'il met parfois à m'en cacher d'autres parlent plus que les mots. Pour ne pas influencer le récit, je le laisse raconter ce dont il se souvient, de façon chronologique. Je l'enregistre et je retranscris le soir, embarquée pour un voyage dans le temps à peine entrecoupé de quelques heures de sommeil.

Pour compléter son propos, par la suite, je rassemble des articles de presse, des dossiers d'avocats, des lettres le concernant. Puis je pars sur les traces de son passé, à Milan, à Bergame, à Brescia... C'est une longue démarche, entreprise à côté de mes autres activités, non dépourvue de risques dans un tel milieu. Je rencontre les personnes qui lui ont été proches, je photographie des lieux, je recherche ce qu'il m'a caché. Il m'interroge sur ce que je vois et sur ce que disent ses proches. A travers moi, il est soudain confronté à des émotions auxquelles il ne croyait plus. Après l'avoir fréquenté pendant des années, sans jamais le voir exprimer une émotion, enfin, je finis par assister à ses premières larmes devant une photo de sa vieille nourrice, la seule femme qu'il ait profondément aimée. Lui, le caïd endurci et fier de l'être, voilà son armure qui se rompt. C'est pour lui une forme de libération, dont il me remercie. J'en acquiers la certitude qu'il est effectivement prêt au changement.

Autre révolution intérieure, pendant que j'effectue mes recherches, Angelo prend contact avec sa fille, qu'il n'a jamais connue et qu'il a toujours refusé de reconnaître. Mon scénario lui a apparemment donné un coup de pouce: j'imaginais justement qu'il ait un enfant non reconnu. Il m'a regardé avec surprise: "Mais c'est ma vraie histoire que tu racontes là!" Sa fille Sabrina vient le voir à Bochuz. Elle est enceinte. Il va devenir grand-père. Cette rencontre si essentielle m'incite à modifier mon projet. Pour la raconter, j'abandonne le scénario de fiction et je tourne un film documentaire intitulé "Mon père, cet ange maudit", sorti en 1994. Je ne renonce pas pour autant à mettre en forme le récit de sa vie. Il est trop passionnant. Mais ma vie de réalisatrice m'emmène vers d'autres horizons qui m'accaparent. Angelo est expulsé vers l'Italie en mars 1995. Il y entre et sort plusieurs fois de prison. Nos contacts se raréfient. Mes classeurs attendent.

De passage en Suisse en mars 1999, à l'occasion d'une nouvelle exposition de ses tableaux, Angelo passe quelques heures chez moi. Le coeur transplanté, il sait qu'il n'en a plus pour longtemps à vivre. Il insiste pour que j'achève et publie sa biographie. Pour cela, j'ai encore besoin de recueillir des pans de récit qui manquent. Nous convenons donc de nous retrouver au printemps à Bergame. Mais je ne le revois plus. Angelo meurt d'un arrêt du coeur le 25 mai 1999.

Aurai-je encore l'énergie d'achever le travail entrepris? C'est mon mari, Alain Maillard, qui après avoir plongé dans mes classeurs insiste pour publier ce récit. Moins en raison du charme ambigu du personnage, qu'il a rencontré à deux reprises, qu'en vertu de la valeur documentaire de sa biographie. Pour ce qu'elle raconte de ce qui a pu entraîner un adolescent dans la délinquance, ou du développement de la pègre au cours des années 60 et 70. Pour ce qu'elle témoigne du monde carcéral et des difficultés de la réinsertion. Journaliste et auteur, il reprend, réécrit et complète ce que j'avais laissé en plan.

Ce livre est donc l'histoire d'un homme au passé douteux, qui se fonde essentiellement sur ses propres souvenirs. Exercice délicat: tout ce qu'il dit n'a pas pu être vérifié. Là où nous avions des doutes, nous nous sommes efforcés de transmettre sa version des faits avec retenue. Tout ce qu'il n'a pas dit n'a pas pu être reconstitué. En particulier, il n'a presque rien raconté des années les plus sombres, les plus violentes, pendant lesquelles il fut l'homme de main d'un baron du milieu à Milan.

Angelo ne fut pas un ange. Loin de là. Le jeu de mots est facile, mais la presse en a souvent fait usage, particulièrement en Italie. Et pourtant, presque tous ceux que j'ai vu fréquenter le peintre en détention, au début des années 1990, se sont attachés à lui, à sa lucidité amère, à sa quête enflammée de rédemption. Qu'avait-il en lui-même pour accomplir un tel parcours? L'aurait-il vraiment accompli jusqu'au bout, si la faiblesse de son coeur ne lui avait été si tôt fatale? A ces questions, je n'ai pas de réponse définitive. Chacun, peut-être, aura les siennes. Une chose est sûre: j'ai beaucoup appris d'Angelo le gangsterino, et je l'en remercie.

Denise Gilliand

   
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Gangsterino - Vie et destin d'Angelo Donadoni

Gangster international aux hold-up et aux évasions spectaculaires, Angelo Donadoni fut un criminel endurci avant de se métamorphoser en peintre et de s'ouvrir - en vain - les voies d'une nouvelle vie. Détenu en France, en Suisse et en Italie pendant une vingtaine d'années, il devint un prisonnier célèbre, dont plusieurs galeries en Suisse exposaient les toiles, une figure ambiguë qui a fasciné de nombreuses personnalités. Mais ce bel élan fut brisé par un transfert et une nouvelle incarcération dans son pays.

Les souvenirs du "gangsterino" (petit gangster), surnom qui lui fut donné lorsqu'il entra, tout jeune, dans le monde de la criminalité, constituent un témoignage captivant sur l'Italie de l'ombre et de la mafia dans les années 1970 et 1980. Son parcours donne à réfléchir: quelle est la part du destin sur le chemin presque inéluctable qui l'a mené d'une enfance difficile à la délinquance? Comment un homme endurci par la nécessité, aux émotions enfouies dans ce qu'il appelait son "coquillage", pouvait-il apprendre à aimer?

C'est un récit qui nous plonge également dans l'univers carcéral, et qui met en évidence les obstacles quasi-insurmontables que rencontrent les détenus de longue durée sur la voie d'une réinsertion sociale. En détention, Angelo Donadoni a trouvé en lui des ressources inattendues, accompli un chemin remarquable. Il a brisé la coquille de ses émotions, a renoué avec sa fille, alors âgée de 19 ans, et qu'il n'avait jamais voulu connaître auparavant. Sa peinture expressive, originale, trouvait un public, des acheteurs, et lui faisait rêver d'une autre vie, loin des tripots et des revolvers. Il ne voulait pas regretter son passé, mais il s'en était détaché. Hélas, les circonstances l'ont empêché d'entretenir ses nouveaux rêves. Et sa mort prématurée laisse des questions ouvertes: Avait-il vraiment changé? Peut-on changer en prison?

Le coffret livre + DVD contient (en plus de Gangsterino - Vie et destin d'Angelo Donadoni) le film de Denise Gilliand :
Mon père, cet ange maudit

Sabrina a dix-neuf ans lorsqu'un homme, Angelo, lui téléphone. Il lui révèle être son père et qu'il est en prison. Choc brutal. Angelo est condamné à perpétuité pour des braquages à main armée. Un père criminel...

Aujourd'hui enceinte, Sabrina veut en savoir plus sur ses origines. Elle part à la rencontre des témoins du passé de son père. Sabrina veut comprendre qui est cet "Angelo maledetto".

Caractéristiques du film

Genre: Documentaire
Durée du film: 55 minutes
Durée des Bonus: 34 minutes
Lieux de tournage: Suisse - (prison de Bochuz, VD), Italie - (Bergame, Milan, Brescia)
Langues originales: Italien et français
Over voice du DVD: Français et italien
Copyright du film: Aïe productions 1994

Distribution du coffret livre/DVD :

Distributeur DVD en France: AV3distri
AV3 DISTRIBUTION sarl
14, Rue Tailor- 75010 PARIS - France
TEL: 01 40 40 98 68 FAX: 01 73 72 19 45
www.av3distri.com - info@av3distri.com

Distributeur DVD en Suisse: AVdistri

Générique - équipe technique

Avec: Sabrina et Angelo
Scénario et réalisation: Denise Gilliand
Collaboration au scénario: François Baumberger
Collaboration: Pierre-André Thiébaud
Conseiller à la réalisation: Ernest ANSORGE
Image: Olivier Frei
Son: Laurent Barbey
Chef électricien: Eric Walther
Montage: Anja Bombelli - Denise GIlliand
Musique originale: Olivier MORET
Mixage: Denis Séchaud
Directeur de production: Olivier Talpain
Photographe de plateau: Nina Crole Rees

Générique - production

Produit par Olivier TALPAIN, AÏe Productions sa, Genève
en coproduction avec La Télévision Suisse Romande (TSR), Building Productions, Firenze, Artimage, Genève

Un film produit avec le soutien financier de Documentary, un projet dans le cadre du Programme Média des Communautés Européennes, Canton de Genève, Affaires Culturelles (DIP), Département de l'Action Sociale et de la Santé (DASS), Ville de Genève, Département des Affaires Culturelles, Evangelischer Mediendienst, Caritas Suisse, Villede Lancy et avec la participation de l'équipe technique.

   
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Bonus
Sabrina, fille d'Angelo: "Souvent en lisant les journaux ou en regardant les films, il semble qu'un hors-la-loi soit une sorte de monstre, en tout cas une personne qui n'a rien d'humain.
Mais quand tu découvres que ce monstre, entre guillemets, est ton père, tu dis non, c'est un homme, ce n'est pas un monstre".

Angelo Donadoni: "Aujourd'hui, la peinture c'est effectivement une clé parce que j'ai encore de nombreux soucis avec la justice, et ma peinture, ça me donne au moins la force de leur montrer qu'aujourd'hui je suis un autre homme. Je leur offre ça et c'est à eux maintenant de dire oui, c'est un passe-partout ou c'est une clé bidon".


Un oiseau sur l'épaule par Jean Romain (La Gruyère - 11.05.06)

Un livre et un DVD. Deux moyens unis pour dire une seule histoire. Cette histoire est celle d'Angelo Donadoni, voyou, bandit, braqueur à main armée, repris de justice dans quatre pays et artiste. Scènes bouleversantes dans ce documentaire tourné en Suisse et signé par Denise Gilliand, celles d'un homme qui ne sortira pas de prison et qui, pour tenter d'exorciser la mort et le désespoir, part un peu malgré lui, un peu en le souhaitant, à la recherche de son passé : sa fille qu'il n'avait jamais vue, sa femme, sa mère. Angelo apprend qu'il va être grand-père, et à travers ces bribes de passé qu'il ne parvient pas bien à reconstruire, il entrevoit dans l'enfant de sa fille une espèce d'avenir, l'art d'être grand-père peut-être. Une lumière pointe peu à peu alors derrière les barreaux, comme cet oiseau exotique qu'il promène sans cesse sur son épaule à l'abri des grilles de la prison.

En cellule, l'homme au regard pénétrant s'adonne à la peinture ; il a du talent, de l'originalité, de la sensibilité. On le découvre. On l'expose, il commence à être connu puis reconnu. Sorte de Villon moderne, Angelo est fait du même bois que ceux dont la vie est tordue et brisée. Les maisons de redressement, au nom si parlant, les prostituées, les quartiers difficiles, les voyous et les voleurs sont la première famille d'Angelo. Puis les vols et les poursuites, les cavales. Contrepoint à cette vie à cent à l'heure, sa peinture, assez sereine, ouvre sur un autre monde, une autre évasion, la découverte aussi de l'extérieur. Il obtient une autorisation de sortie pour le vernissage de son exposition.
Le livre raconte la vie de ce gangster sensible dont les délits et les évasions spectaculaires ont défrayé la chronique. L'enfance tourmentée, les hold-up, les fuites, le milieu de la mafia, les braquages. L'homme ne crie pas à l'injustice, il affirme la possibilité pour un être humain de changer, presque de se métamorphoser. On n'est pas une fois pour toutes le salaud qu'on a été, telle semble être la leçon de ce double document tout en finesse et en délicatesse. Signée par Denise Gilliand, cinéaste, et Alain Maillard, journaliste à la RSR, cette publication originale (Mon père, cet ange maudit, Publi-Libris, 2006) joue en fait sur quatre axes. L'écriture, bien sûr, et la photographie ; d'autre part, le documentaire et le son. L'effet sur le lecteur-spectateur en est étonnant. Il pénètre à plusieurs niveaux dans l'intimité d'une âme. Cet homme n'est pas seulement un gangster dangereux, il n'est certes pas un ange ; il est un homme, rien qu'un homme mais tout un homme. "Frères humains, qui après nous vivez, n'ayez les cœurs contre nous endurcis." Cet appel d'outre-tombe à la compassion de la Ballade des pendus de François Villon, il m'a semblé l'entendre à plusieurs reprises au fil des images et le long des phrases. Dans cette Italie originelle d'Angelo Donadoni, il est sans doute encore une place pour ce cri d'angoisse du mauvais garçon : "Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !"
Angelo Donadoni est mort d'un arrêt cardiaque au printemps 1999. On ne dit pas ce qu'il est advenu de l'oiseau.
Je gage qu'il s'est évadé.
Jean Romain - La Gruyère (11 mai 2006, n° 56)

 

Prologue d'Alain Maillard

On aurait aimé une autre fin à cette histoire. On aimerait croire qu'il était possible au criminel endurci de faire la paix avec ce monde et avec lui-même. Et on ne le saura jamais, non parce que son cœur a lâché, mais parce que le gangsterino n'aura jamais pu essayer, à cause des contradictions du système judiciaire. Sa libération anticipée, pour "perspectives favorables de réinsertion", était assortie d'une expulsion du territoire suisse - alors même que c'est en Suisse que ces "perspectives favorables" étaient les meilleures, en raison de la notoriété qu'il y avait déjà acquise en tant que peintre en prison. C'est là que des galeries l'exposaient, c'est là qu'il avait pu tisser un réseau social à l'écart du monde criminel. Expulsé, il est condamné à une nouvelle peine en Italie ; sans avoir jamais été jugé pour meurtre, il aurait ainsi passé bien plus de temps derrière les barreaux qu'un meurtrier. Cette condamnation de trop aura anéanti toute "perspective favorable de réinsertion".

Nous ne le regrettons pas parce que c'était Angelo Donadoni. Nous le regrettons parce que la prison n'est pas faite pour casser des vies ; elle n'est que le meilleur moyen qu'on ait trouvé, ou le moins mauvais, pour dissuader autant que possible le passage à l'acte criminel. A défaut de mieux, elle est nécessaire. Mais il est de l'intérêt général qu'une autre vie soit accessible à ceux qui en sortent, leur peine accomplie. Or elles sont rares, les réinsertions réussies de détenus de longue durée. Ne faudrait-il pas trouver les moyens d'améliorer les perspectives de réinsertion, afin d'éviter que la moitié environ des détenus libérés ne récidivent et se retrouvent bientôt de retour en cellule ?

Quel que puisse être le jugement moral que l'on porte sur Angelo Donadoni, quelle que soit l'ampleur des dommages et des souffrances qu'il a pu infliger à d'autres êtres humains, la durée de sa détention était proportionnée à ce que la justice pouvait porter à sa charge. Sa reconversion spectaculaire aurait bénéficié au système. Elle pouvait d'autant plus servir d'exemple qu'il s'agissait d'un hors-la-loi multirécidiviste, qu'on pouvait croire irrécupérable. Lui qui n'avait jamais rien connu d'autre que la puissance des armes, l'argent du vol, de la drogue ou de la prostitution, il pouvait prouver que tout le monde peut changer, qu'il vaut la peine d'accorder à chacun le droit au changement. Voilà pourquoi on ne peut que regretter cette fin en forme d'échec, avec sa santé qui défaille justement, peut-être, parce qu'il manquait tout espoir.

Mais n'est-ce pas en même temps ce qui rend l'histoire d'Angelo Donadoni d'autant plus passionnante ? Comme ceux qui l'ont connu, ceux qui découvrent son histoire pourront questionner sans fin la personnalité réelle du gangsterino. Etait-il encore un criminel impénitent que seuls des murs de haute sécurité pouvaient empêcher de nuire ? Un manipulateur bien plus cynique et cruel que ne le suggère son propre récit ? Ou était-il avant tout cet homme écorché, pleurant à l'évocation de Maria sa nourrice, condamné à la révolte par une enfance brisée, emporté par un destin sans pitié, acculé à l'illégalité, et qui aura au moins su faire son chemin de manière plutôt flamboyante ? Etait-il surtout ce peintre inattendu, ce détenu courtois qui charmait tant de visiteuses ? Sans doute était-il tout cela à la fois, un homme à diverses facettes - comme nous le sommes tous. Peut-être sa vie a-t-elle lancé un des plus beaux défis à ces catégories dans lesquelles nous aimons tant enfermer nos semblables.

Tout aussi catégorique paraissait le destin d'Angelo Donadoni. Pouvait-il refuser ce chemin dangereux vers lequel l'emmenaient toutes les circonstances de son enfance et de son adolescence ? Peut-on lui reprocher de ne pas avoir cherché à en changer plus tôt ? La réponse, c'est peut-être celle que donne un autre roi de l'évasion, Michel Vaujour, célèbre pour son échappée belle en hélicoptère de la prison de la Santé, à Paris : "Ma plus belle évasion, écrit-il, c'est celle de la prison où je m'étais enfermé moi-même". Et quel chemin il lui a fallu, à lui aussi, pour y parvenir ! Dans son autobiographie, Vaujour raconte cette même fuite en avant obsessionnelle qu'a vécu Donadoni, cette indifférence à la mort qui pouvait l'attendre au coin de chaque cavale. Lui aussi, dans l'isolement de la haute sécurité, a trouvé par hasard de quoi l'occuper, non la peinture, mais le yoga. Lui aussi, comme on l'imagine chez Donadoni, n'y a vu au début qu'un moyen pouvant servir sa cause de révolté. Puis ça lui a transformé la vie, comme peut-être, ça aurait pu transformer définitivement celle du gangsterino. La principale leçon de la vie, pour Michel Vaujour, c'est ce qu'il appelle "la loi de la transformation". Tout change sans cesse. Rien ne sert d'imaginer ce qui aurait pu être. Ce qui compte, c'est comment ça change.

Ce qu'on aimerait retenir du gangsterino, c'est cela : ce qui compte, c'est comment chacun peut changer.

Alain Maillard

 

Pas de téléchargements pour l'instant.

 

Bonus DVD

"Art et prison"
Entretien avec Jean-Luc Pochon, co-fondateur de "Prélude" et ancien chef du service socio- éducatif du pénitencier de Bochuz (E.P.O.)

Jean-Luc Pochon nous raconte en quoi l'art est un outil de réinsertion précieux pour les détenus à travers le parcours particulier d'Angelo Donadoni

"Que sont-ils devenus ?" et "Autour du film"
Entretiens avec Denise Gilliand, réalisatrice

Denise Gilliand nous raconte le devenir d'Angelo et de sa fille Sabrina depuis le dernier jour de tournage en 1994: extradition, cumul de peine, nouvelle incarcération en Italie, nouveau jugement, défaillance cardiaque, peinture et famille…
La réalisatrice nous parle aussi de la genèse du projet, de sa rencontre avec Donadoni et sa fille, de son travail en prison….


Biographie

5 photographies de Nina Crole Rees

19 x 13,5 cm

188 pages

ISBN:
2-940251-37-1

CHF 49.00 / 32.35 €

Av. de France 52 • CP 128 • CH–1000 Lausanne 7 • Tél.: ++41 (0)21 626 15 10  Fax: ++41 (0)21 624 82 49  info@publi-libris.com