Un bouquet de souvenirs au parfum délicieusement désuet…
 

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Une enfance à Saint-Petersbourg
par Germaine Kaufmann-Bauer,
Nathalie Pfeiffer et Alexandra Kaourova

Lorsqu'une vieille dame suisse, née à Saint-Pétersbourg, se rappelle ses jeunes années dans une Russie de rêve, avant la Révolution de 1917…

 

   
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Germaine Kaufmann-Bauer compte parmi ces Suisses dont les parents étaient partis chercher fortune dans le véritable Pays de Cocagne que constituait la Russie d'avant la Révolution de 1917. Le XXe siècle avait six ans lorsque cette enfant naquit à Saint-Pétersbourg dans une famille aisée.

Jeunesse comblée, moments pittoresques, anecdotes russes par excellence, évocation des frimas, de l'esprit de fête et d'insouciance qui régnait alors. Premières classes, premières neiges, premiers émois. Puis les événements annonciateurs d'un chamboulement politique dont la "russie éternelle" ne se remettrait pas.

Après le retour en Suisse — et définitif — des Kaufmann, Germaine et ses parents entretiendront le souvenir de leur paradis perdu ? Plus tard, devenue grand-mère, elle partagera les fruits de sa mémoire avec ses petits-enfants, en leur distillant ses récits d'un temps révolu ?

Dix-sept ans après la disparition de son père, Germaine Kaufmann finira par coucher sur le papier les riches instants de sa vie. Elle le fera avec candeur, sans prétention, simplement guidée par son désir de partager. Son témoignage est celui d'une fillette qui avait douze ans lorsqu'elle quitta Saint-Pétersbourg. Loin de toute considération politique, sociale ou historique, elle nous livre ses souvenirs épars comme autant de perles, réunies par le fil d'un album de photos richement illustré.

Nourrie depuis toujours par ces évocations, la comédienne lausannoise Nathalie Pfeiffer (petite-fille de l'auteur) a tiré un spectacle d'Une enfance à Saint-Pétersbourg, mis en scène par Marina Alexandrovskaïa. Les représentation ont agrémenté l'exposition Suisse-Russie: des siècles d'amour et d'oubli (1680-2006) tenue au Musée historique de Lausanne.

Ce livre propose en outre des commentaires historiques signés Alexandra Kaourova, commissaire de l'exposition et historienne de l'art.

 

   
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« Tendre, plaisant et nostalgique, comme on aime à s'imaginer une certaine Russie. J'ai aimé ce regard de fillette, ces ambiances, cette évocation d'un temps révolu. Merci à Nathalie Pfeiffer d'avoir ainsi rendu hommage à sa grand-maman par un livre en plus de par un spectacle. »
N. R., Genève.

 

Souvenirs de Russie - Une enfance à Saint-Pétersbourg
par Germaine Kaufmann-Bauer

A travers le regard naïf de la petite fille qu'elle était, Germaine Kaufmann-Bauer plonge le lecteur dans la Russie de son enfance : celle des années 1910. La jeune "Mémaine", fille unique d'un maître d'hôtel et d'une préceptrice suisses, parle de son quotidien. Entre les sorties avec sa mère dans les galeries marchandes de la Perspective Nevski, les visites au Grand Hôtel d'Europe où travaille son père ou les étés passés à Chouvalovo, l'auteur trace le portrait d'une époque où nombre de Suisses venaient chercher une meilleure qualité de vie dans les grandes villes russes.
Appuyées par les commentaires d'Alexandra Kaourova - commissaire de l'exposition Suisse-Russie au Musée historique de Lausanne - les péripéties de la jeune fille deviennent les témoignages d'un pays en plein bouleversement politique. Guerre, révolution, retour en Suisse, tout y est.
Décédée en 2000, l'auteur n'aura pas eu la chance de voir le travail minutieux réalisé par sa petite-fille - Nathalie Pfeiffer - pour donner vie à ce livre. Agrémenté de photos de famille, de cartes postales, de clichés d'objets de l'époque et d'un arbre généalogique, Une enfance à Saint-Pétersbourg est en quelque sorte un album de famille.

Yseult Théraulaz - 24 Heures, jeudi 15 juin 2006

 

Souvenirs épars

"La mémoire est une richesse qui nous protège de la mort des choses et des gens."
Suzanne Prou

Les souvenirs reviennent pêle-mêle, sans ordre chronologique, mais, pour moi, cela ne change rien à mon plaisir car je sais où replacer chacun d'eux !

J'aimais beaucoup les trois frères de Papa, mes oncles Gustave (mon parrain), Otto, et Jules, que Papa avait fait venir en Russie, pays de cocagne à cette époque. Mon oncle Otto, vieux célibataire endurci, pourtant jeune et déjà péniblement rhumatisant, était d'une gentillesse inoubliable et d'une patience à toute épreuve avec moi. Souffrant beaucoup des jambes, il s'étendait souvent sur le canapé, chez nous, tout en bavardant. J'avais imaginé un badinage auquel il se prêtait avec amusement : je me roulais en boule sous sa tête, il faisait semblant de s'endormir et tout doucement je lui tirais un cheveu… ma victime jouait très plaisamment le Monsieur dérangé dans son sommeil, se retournait et… je recommençais à lui chatouiller l'oreille ou le bout du nez. Nous reprenions ce manège jusqu'au moment où n'en pouvant plus de nous retenir de rire, nous éclations tout les deux de jubilation. Nous appelions ce jeu : "l'oreiller vivant". On me recommandait de ne pas fatiguer l'oncle Otto, mais je savais très bien qu'il n'était pas mécontent du tout d'être l'objet de mes farces.

Oncle Gustave, mon parrain, était la bonté même. Sa femme, Marie, était estonienne et parlait à peu près allemand, à peu près le russe et à peu près le français, de sorte que lorsqu'elle se mettait à raconter une histoire (elle raffolait de cette distraction pendant ses occupations ménagères), elle mêlait si comiquement ces trois langues qu'il nous fallait pas mal de bonne volonté pour reconstituer un récit à partir de cet imbroglio de phrases ! Elle fit tout de même des progrès et nous aussi ! Les contacts avec elle devinrent très affectueux. René et Irène étaient leurs enfants.

J'ai peu connu mon oncle Jules, mari d'une bonne "Dondon" du Jura. Ils habitaient au Mont-Soleil. Papa avait suggéré à ce frère cadet de venir s'installer à Saint-Pétersbourg. Oncle Jules possédait l'esprit malicieux et la gentillesse des Kaufmann. Hélas, il n'eut pas de descendance et c'est sur moi qu'il reportait toute sa tendresse. Je me souviens de la dernière fois que je l'ai vu dans son appartement de Vassilievski Ostrov. Une maladie, non encore identifiée par son médecin, le retenait au lit et nous lui avions fait une petite visite, "sans l'embrasser" m'avaient recommandé mes parents.

Je me sentis intimidée devant son aspect taciturne inhabituel et me tins coite, debout derrière une chaise à dossier ajouré, tandis que la famille parlait à voix basse. Cette image est restée gravée à jamais dans ma mémoire. Oncle Jules mourut quelques jours plus tard à l'hôpital, du typhus.


Le printemps

Images : Maman et moi sortons d'une gare, quelque part à la campagne ; un porteur dispose nos valises au fond d'un fiacre ; nous nous installons sur la profonde banquette arrière. Juste avant que le cocher ne démarre, Maman achète à une bouquetière une énorme gerbe de lilas mauve. Elle me la pose dans les bras et j'y plonge mon visage pour en respirer le parfum ! Tout au long de ma vie, le lilas n'a cessé de me rappeler ce moment particulier !

En général, dès fin mars, une salve de coups de canons tirée de la forteresse Pierre et Paul annonçait à la population le commencement de la débâcle des glaces sur la Neva. Bientôt nous entendions s'élever du fleuve la rumeur révélatrice des craquements du dégel.

Chaque année, mes parents et moi nous empressions de nous préparer pour filer assister à ce phénomène annonciateur du printemps. Nous longions les quais bordés de granit, toujours émerveillés par ce spectacle naturel et grandiose sous le soleil soudain printanier. La surface gelée, encore quelque peu recouverte de neige, se soulevait par plaques épaisses et échancrées qui s'entrechoquaient et se chevauchaient en un vacarme impressionnant. Puis elles se séparaient peu à peu et s'éloignaient lentement au fil du courant, paraissant plus blanches encore sur le fond d'eau sombre. Ainsi en va-t-il de siècle en siècle…

Magnifique souvenir, qui contraste avec celui, plus paisible, de la cueillette en famille des chatons de saules dans certains espaces boisés. Pieds bottés, pataugeant dans la neige fondante, le poids des pelisses étant devenu trop lourd en cette fin d'hiver, nous nous interpellions, joyeux, d'un bosquet à l'autre, ravis de trouver des chatons dodus, soyeux, argentés et luisants sous un timide soleil. Nous en emportions quelques branches pour égayer notre appartement d'un petit air de renouveau après les longs mois froids du nord. Sous peu, nous allions penser à faire dégarnir les doubles fenêtres du mastic qui les scellaient depuis l'automne et de la couche d'ouate colorée posée à plat entre les deux encadrements vitrés. Seule la fortotchka (vasistas) pouvait être librement ouverte pour aérer la chambre.

Le Clos, La Tour-de-Peilz, le 9 avril 1984

 

Pas de bonus pour l'instant.

 

Album

Préface de Nathalie Pfeiffer

105 illustrations en noir-blanc et 32 en couleurs

22 x 21 cm

198 pages

ISBN:
2-940251-40-1

CHF 39.00 / 25.00 €

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