De Frédéric Rouge, qui ne connaît pas La leçon de taille, son Braconnier ou encore son Retour du bûcheron? Ces images d’une époque révolue lenteur, suprématie de la nature, territoire peu peuplé, exempt d’industrie et de mécanisation relèvent de la mémoire collective en Suisse romande.
Elles témoignent d’un talent certain, d’une approche classique de l’art de peindre, d’un amour avéré d’une région et des métiers de ses habitants.
Rouge fut, comme son confrère et contemporain Eugène Burnand, en parfaite harmonie avec sa terre. Tous deux restèrent indifférents aux nouveaux courants picturaux impressionnisme, pointillisme, expressionnisme, fauvisme, cubisme et autres qui soufflèrent dans leurs jeunes années et modifièrent à jamais notre façon de voir.
Au milieu du XXe siècle, leur attitude fut souvent jugée passéiste. De ce fait, leur art, considéré par certains esprits chagrins comme démodé, fut parfois méprisé. Aujourd’hui, cependant, la fidélité de ces artistes à une manière, ainsi que leur constance exemplaire contribuent à la valeur de leur œuvre.
Ainsi, les toiles de Rouge au bénéfice de la rigueur d’un maître d’antan nous restituent un Chablais disparu. Ce que l’artiste a jugé important de saisir apparaît, à nos yeux contemporains, comme propre au patrimoine commun des Romands, une partie de leur «humus».
Tout comme les textes de Ramuz et de Gilles ont su faire vibrer la fibre des gens d’ici en leur parlant d’eux, les images de Rouge nous touchent en nous montrant ce qu’était la vie à son époque. Devant elles, on se «sent chez nous», bien que l’on note d’emblée que tout a changé : vêtements, lieux, activités, paysages et villages.
De ces toiles qui évoquent si bien l’époque de nos ancêtres semblent émaner les doux effluves de ce «temps retrouvé» cher à non seulement à Proust, mais à chacun de nous. Et à ce seul titre, elles méritent d’être (re)découvertes car elles font du bien. Elles nous ramènent à des lieux, à des êtres, à un rythme et à une simplicité que l’on aurait tendance à négliger.
Cet album grand format présente une abondante iconographie : 130 œuvres dont 80 inédits tirés de collections privées. Les thèmes de prédilection de Frédéric Rouge y figurent en bonne place : chasse, paysages et portraits. Il met également en valeur ses dons d'affichiste et de dessinateur (cartes, diplômes, vitraux).
Conçu en collaboration avec Bernard Favre, président de la Fondation Frédéric Rouge, par Marcel Jordan (auteur du dernier ouvrage sur ce peintre en 1972, réédité en 1998) et Grégoire Montangero, cet hommage possède tout pour combler les amateurs de la peinture de Rouge.
