«Völlmy ne connaît pas le vertige de la page blanche.»
 

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Comme à son habitude, Bernard Völlmy a laissé vagabonder son pinceau dans des paysages déserts et farouches. Mais cette fois-ci, c’est à la mer hivernale qu’il s’est consacré avec bonheur.

Loin des clichés, Bernard Völlmy a capté des lumières et des ambiances que sa technique exemplaire lui permet de rendre sans effort. Un plaisir pour les yeux, accompagné des enchantements poétiques signés Francis George-Perrin.

L’aquarelle passionnément, premier ouvrage consacré à Bernard Völlmy, révélait sa technique. Le second, Reflets d’aquarelle présentait les fruits de la maturité. Au coeur du val d’Hérens proposait une moisson de fragments d’espaces valaisans saisis par la grâce du pinceau de cet artiste de renommée internationale. Un hiver en bord de mer offre une vision renouvelée des paysages de Bretagne et de Normandie.
   
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Avant-propos

Bernard Völlmy ou le Perec de l’aquarelle

Bernard Völlmy, sous bien des aspects, constitue l’exact opposé de Percival Bartlebooth. Certes, l’étrange personnage qui charpente La vie mode d’emploi, fascinant roman de Georges Perec est, lui aussi, un aquarelliste. Mais Bartlebooth a beau pratiquer avec assiduité le paysage, il ne rejoint pas pour autant le rang des frères de pinceau de Völlmy. Et pour cause : le héros de Perec n’est pas doué pour cet art. De plus, selon l’écrivain, ce riche oisif et blasé de Bartlebooth se serait engagé dans un projet dément, destiné à meubler sa terne existence, pour aboutir à l’autoanéantissement de son œuvre peint ! Sombre projet, en trois phases, qui pourrait se résumer ainsi :

a. Pendant dix ans (1925–1935), Bartlebooth recevrait sa leçon privée d’aquarelle quotidienne (période à l’issue de laquelle il sera – hélas ! – toujours aussi peu talentueux).

b. Au cours des vingt années suivantes, il parcourrait le monde, peignant une aquarelle tous les quinze jours. (Au total, son catalogue comptera 500 marines de même format représentant des ports de mer.) Il enverrait chaque vue achevée à un artisan spécialisé. Celui-ci la collerait sur une fine planche avant de la découper en un puzzle de sept cent cinquante pièces.

c. Durant vingt autres années encore, Bartlebooth, de retour en France, reconstituerait, dans l’ordre, les puzzles ainsi apprêtés, au rythme de deux par mois. Au final, toutes les images complétées aboutiraient chez un autre expert. Grâce à une préparation adéquate, il s’affairerait alors à décoller les puzzles-marines de leur support pour restituer leur aspect initial d’œuvre afin d’être, nous explique Perec : « transportées à l’endroit même où – vingt ans auparavant – elles avaient été peintes, et plongées dans une solution détersive d’où ne ressortirait qu’une feuille de papier Whatman, intacte et vierge. Aucune trace, ainsi, ne resterait de cette opération qui aurait, pendant cinquante ans, entièrement mobilisé son auteur. »*

Si l’aquarelle absorbe de façon identique le personnage de fiction anglais que le peintre suisse, ce dernier ne souhaite pas pour autant que ses 725 vues peintes à ce jour ne retournent à l’état de feuilles immaculées.

Après tout, Völlmy, l’autodidacte, n’a eu besoin de personne pour acquérir son incomparable technique. Ni rentier ni au bénéfice d’un temps libre illimité ni lassé de tout comme l’est Percival Bartlebooth, Bernard Völlmy a néanmoins puisé en lui l’énergie et la constance pour réaliser son ambition : fixer mille et un états de la réalité – fussent-ils fugaces, infimes ou changeants – au moyen de l’aquarelle, média pourtant fort peu propice à pareille entreprise.

Or, ce quatrième ouvrage consacré à son travail nous prouve plus que jamais combien l’œil aiguisé et la main sûre du créateur d’Oron-la-Ville ont atteint cet objectif audacieux. Et ses pages confirment que Völlmy ne partage que trois points commun avec Bartlebooth : une passion inextinguible pour l’aquarelle, une opiniâtreté féroce et un jusqu’auboutisme farouche.

Ce recueil démontre, en revanche, que l’approche de Bernard Völlmy flirte plutôt avec celle de Georges Perec. Le littérateur, subjugué par le réel, adepte du très ludique OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle), écrit sous une contrainte librement choisie. Ainsi son roman La Disparition ne comporte pas un seul e. Ainsi Les Revenentes utilise exclusivement cette même lettre en guise d’unique voyelle. Autrement dit, plus étroit et limitatif le carcan qu’il s’impose, plus florissante sa capacité à rendre le monde tel qu’il le perçoit.

Völlmy, me semble-t-il, fonctionne à l’identique.

Là où la plupart de ses confrères aquarellistes fuiraient les sujets qu’il affectionne – pour cause d’impossibilité à les restituer – lui s’entête et se fait fort de parvenir à ses fins. Forcé de représenter une telle scène, tout aquarelliste normalement constitué contournerait l’obstacle en détrempant sa feuille afin de noyer le poisson dans de faciles halos. Ou alors, à la façon d’un myope sans scrupule, il circonscrirait le motif rebelle à grands traits flous au moyen d’un large pinceau.

Völlmy, lui, qu’il s’attache à rendre l’écume des flots, la courbe des herbages ténus, la noirceur du varech ou encore l’aveuglement produit par la neige, apprête son pinceau à deux poils avec jubilation.

Jamais il n’esquive. Toujours il relève le défi, aussi insensé soit-il.

Pour cette monographie, le peintre a abandonné les vastes champs vaudois, les rivières romandes ou les paysages du Valais qu’il courtise d’ordinaire. Bien emmitouflé pour affronter un hiver en bord de mer, appareil de photo sur la poitrine, il a sillonné les grèves battues par les vents. Malgré le froid et les bourrasques, il s’est assis des heures pour saisir la mécanique aléatoire des vagues, apprivoiser les reflets fugaces des rouleaux, mémoriser la gamme des nuances des côtes et les variations d’opacité des nuages. De ces interminables cueillettes d’impressions picturales – qui épuisèrent les réserves de patience de Jacqueline, son épouse – Bernard a rapporté plus de mille cinq cent photos dont il a extrait, en atelier, l’essence de cette série d’aquarelles.

Tout comme un Georges Perec soumis à ses contraintes folles, Bernard Völlmy n’a pas connu le vertige de la page blanche. Au contraire. Son désir de se tailler une bonne tranche du réel, – breton et normand en l’occurrence –, et de le faire entrer dans son panthéon personnel, a doté ses doigts de petites ailes. En témoignent la cinquantaine de « marines » inspirées par ces côtes françaises transcrites sous un jour peu fréquent et sous un angle peu commun. Dans ces conditions extrêmes, seul un aquarelliste membre – à son insu ! – de l’OuPeinPo (Ouvroir de Peinture Potentielle !) pouvait oser s’aventurer et – surtout ! – rapporter une si magistrale moisson.

Bernard le généreux vous l’offre tout entière, agrémentée d’une série d’« arrêts sur images » dus à Francis George-Perrin qui a choisi de peupler ces vues désertes. Puissiez-vous y goûter avec le même enthousiasme que nous.

Grégoire Montangero

* La vie mode d’emploi, (Prix Médicis 1978), p. 150 de l’édition Hachette, Paris, 2000.

   
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«Sans doute le meilleur livre de Völlmy: une mise en pages plus créative, une taille de reproductions accrue et, surtout, des œuvres tellement originales à la technique époustoufflante.» – B. B. Montreux

«Bernard Völlmy a l’art de poser un regard autre sur des lieux ultra connus. De son pinceau virtuose, il fait souffler un vent nouveau et vivifiant dans ses paysages. Après chacun de ses livres, j’en redemande.» J.-Cl. D. Lausanne

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Album

92 illustrations

22 x 21 cm

129 pages

ISBN:
9782940251674

CHF 46.00 / 34.50 €

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