«J’ai la chance de voir des images, juste avant de m’endormir.» – Pascale A.
 

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Le monde onirique de Pascale A. de Pascale Allamand

Pascale A. peint, éveillée, les images qu’elle voit, endormie. Ainsi, un véritable univers surréel, naïf ou trouble, nait sous son pinceau.
Voiture décapotable entourée d’oiseaux marins naviguant sur l’océan, poissons attablés pour un repas au clair de lune, foules bariolées saisies dans les plus étranges activités et quidams solitaires égarés dans des déserts de songes : voilà ce qui peuplent, entre autres, ces carrefours de poésie à l’imaginaire débridé que renferme le monde onirique de Pascale A.

Introduction de Myriam Meuwly.

 

   
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Le monde onirique de Pascale A. de Pascale Allamand

Les rêves de Pascale
Quand Pascale A. dort, plus rien ne bouge. C’est juste avant le sommeil qu’elle se coltine à ce qu’elle appelle «ses rêves». Je dirais, à ses visions. Qu’en état de non-résistance totale, elle se laisse envahir, sereine et stoïque à la fois, par ce qu’habite les profondeurs de son imaginaire – tout ce que nous autres, accrochés au réel, refoulons de peur de sombrer dans l’abîme des questionnements ou des miroirs impitoyables. Pas de fiole narcotique, pas de «night cap» alcoolisé, ni de lecture soporifique sur la table de nuit de Pascale : le sommeil viendra quand il viendra. Après l’ouverture de l’armoire.



L’armoire ? Je ne crois pas me tromper en disant que l’essentiel de l’œuvre peint de Pascale A. – le plus saisissant en tout cas – trouve sa source dans les combats que, petite enfant, elle menait dans la pénombre contre le haut meuble brun qui occupait sa chambre. Resserre de tous les dangers, de tous les mystères, alors que de jour, déjà, la fillette ne se sentait pas toujours à l’abri du réel. Elle lui avait donné, à cette armoire, le nom le plus banal possible, dérisoire tentative d’apprivoiser l’objet, elle si vulnérable au fond de son lit, l’autre si menaçante contre le mur. Elle en rit aujourd’hui ? C’est selon l’heure : Pascale n’en aura jamais fini avec le sentiment du péril. On ne la verra jamais dans un dîner de convives inconnus. Au spectacle, on la trouvera en bordure de rangée, prête à s’enfuir. Et jamais, jamais sur un sentier de chèvres en surplomb d’un abîme.
On ne révélera pas ici le nom de la vieille ennemie, la terrifiante armoire. D’autant que Pascale, depuis tantôt quarante ans, pas à pas, a appris à en tirer son miel.
Ça se passe donc entre l’état de veille et le baiser de Morphée. Dans la chambre obscure de son regard intérieur, les images surgissent et s’enchaînent, sans suivi, dans le désordre, les couleurs ont leur logique à elles, les formes la leur, l’univers bascule et se peuple de créatures silencieuses, généralement en accord docile avec l’étrangeté immobile de leur monde englouti. Une menace plane ? Elles restent là, la contemplent, fatalistes. Le ciel au contraire est bleu, ainsi que la mer, et verts les arbres ? Le sentiment de solitude du promeneur dans la paix apparente n’en est que plus poignant.


Dans l’obscurité, Pascale comme ses personnages reste impavide devant les fantasmagories qui l’assaillent. Elle les jauge même, vaguement. Jusqu’à ce qu’une d’elles, soudain, la fasse tressaillir dans sa somnolence. Elle la reconnaît, porteuse de sens énigmatique certes, mais bien sienne, même venant de profondeurs insoupçonnées.
«Je bloque alors l’image», confie-t-elle. Elle sait qu’un nouveau tableau est en route – «Chouette !» – dont elle retrouvera au réveil le détail exact, avec ses personnages, son décor, ses ombres, ses lumières – et le poids de subtile angoisse à laquelle elle va abandonner son pinceau, et qui nous, nous déstabilise si puissamment.
Pas de doute, on respire mieux quand Pascale A. s’adonne à l’autre approche de son art. Quand elle peint, comme elle dit, «la photo qu’elle n’a pas faite». Le spectacle de la vie quotidienne est plus riche, plus cocasse, plus surprenant qu’il n’y paraît aux aveugles pressés que nous sommes. Pascale, elle, a au fond de l’œil une antenne qui lui fait détecter l’insolite, l’humour ou la poésie de l’instant. Appelons ça un certain regard.
Pas étonnant quand on a d’abord été photographe. Mais là encore, ce qui fascinait la jeune femme à ses débuts, c’était non pas tellement les jeux de l’objectif que, dans cette autre chambre noire qu’elle abhorrait aussi, la magie de l’image qui peu à peu prenait forme dans son bain de révélateur.

Il faut dire que Pascale ne développait pas n’importe quels négatifs. Elle avait affaire à un exigeant patron, mettons plutôt: à un maître en matière de photo, de cadrage, de regard justement. Yvan Dalain n’a pas dû ménager sa petite assistante à ses débuts. Pas son genre. Mais il l’a formée à regarder. Lui a-t-il donné la confiance nécessaire pour qu’elle prenne son propre envol, un jour, non pas armée d’un Nikon mais de toile et de pinceaux ? Le mystère relève de l’alchimie à l’œuvre parfois entre les êtres les plus dissemblables.
Elle l’avoue, elle ne savait pas dessiner. Elle ne sait toujours pas, dit-elle. Elle enrage devant la répugnance à la contrainte qui lui faisait courber les cours d’académie dispensés au collège. Elle s’acharne encore aujourd’hui sur des bouts de papiers où corps, proportions et perspectives s’obstinent à aller leur propre chemin. C’est de là que vient l’étiquette un peu courte de peintre naïf qu’on lui a accolée. Alors que, dès le début, l’armoire déjà parfois s’entrebâillait et que le tableau achevé, sous ses tons enjoués, laissait entendre des chants en mineur.
A-t-elle eu peur, au début, de ce que risquait de livrer son pinceau ? Elle conjura le danger en illustrant des histoires pour enfants qu’elle écrivait elle-même. L’imaginaire de Pascale se doublait d’humour et de grâce innocente. Elle trouva un éditeur aussitôt, publia neuf albums, et connut le satisfecit improbable pour une Vaudoise de lire sa prose en japonais.
Mais rien n’y fit. Le chevalet refusait de rester vacant. Elle s’y remit bientôt. Depuis lors, elle travaille tous les jours, ou presque. Elle puise le calme devant sa toile, et les démons qu’elle apprivoise.
Pascale A. a appris à peindre sur le tas. Elle apprend encore tous les jours, trouvant sans fausse modestie chez Vermeer, recréé par le roman, la confirmation de ce qu’elle pressentait s’agissant de la couleur de fond d’un tableau, ou chez Varlin, un de ses peintres préférés, l’idéal – vers lequel tendre – d’un coup de pinceau qui suggère et dit tout.
Plus près de nous, l’artiste montreusienne Christine Sefolosha a répondu il y a quelques années au désir de Pascale de s’affranchir de ses propres entraves, d’explorer d’autres techniques. De s’affranchir du rituel naïf et de ses répétitions. D’aller plus loin. D’exploser, dit Dalain, son ancien bourreau, son compagnon, son époux.
Le Monde onirique de Pascale A. rend compte de cette longue trajectoire artistique.


Il faut savoir pourtant que cet univers poétique et surréel qui habite l’artiste, et qu’elle entrouvre par son œuvre, ne nous livre pour autant aucune clé explicite sur sa personne. Pascale reste l’être le plus secret qui soit. A soixante-cinq ans, par dieu sait quel pouvoir qu’elle aurait sur les lois de la nature, elle garde au physique et à l’esprit une manière d’adolescence. Celui qui l’entendra parler au passé n’est pas né. De même pour le futur. Ferme dans ses attachements, jalouse de leurs raisons intimes, pudique et ludique à la fois, elle est totalement dans le présent, qu’elle contemple du haut de ses fenêtres accrochées au-dessus de Montreux, sur la terrasse de sa maisonnette grecque au printemps, dans la cocotte du lapin au serpolet qu’elle mitonne pour ses proches ou les amis d’Yvan, dans ses «bricolages» – parmi lesquels ses stupéfiants «géants de jardin – dont Paul Klee, un autre de ses maîtres, n’aurait pas rougi de s’inspirer…
Pascale, être rare, artiste humble. Comme on n’en fait peu. Comme on en rêve, donc.


Myriam Meuwly
Printemps 2007

(Introduction à Le monde onirique de Pascale A de Pascale Allamand)

   
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Heureuse collectionneuse de vos toiles, je suis ravie de trouver dans Le monde onirique de Pascale A. la rétrospective que j'attendais depuis des années. Constater l'évolution du travail de Pascale Allamand et la voir évoluer du naïf fantastique à une œuvre davantage picturale est un plaisir.» – C. B. Pully

«Pascale Allamand compte parmi ces rares artistes qui s'inventent un monde et ont le courage de s'y perdre sans chercher des sentiers contre-nature pour en sortir. J'aime son univers onirique, ses personnages anthropomorphes, ses situations comme suspendues. Pascale Allamand nous fait entrer de plain-pied dans le domaine du rêve et c'est avec joie que l'on se laisse guider au fil des pages de ce livre troublant et enchanteur.» – J.-P. D. Blonay

 

Pascale Allamand au bord du rêve

Les visions de Pascale Allamand se déclinent en une trentaine d'œuvres comme autant de huis clos oniriques qui ne sont pas sans résonnances avec la réalité. En guise d'avertissement, c'est une toile intitulée La fin de l'enfance qui ouvre l'exposition rétrospective de la galerie Pomone. On y découvre une sorte d'enfant-poupée immobile qui sombre dans l'épais tapis de feuilles mortes d'une forêt automnale, vision rêveuse qui cache une menace indistincte: la perte de l'innocente, comme en témoigne un peu plus loin un ditpyque sur La Guerre et La Paix, peint à la manière faussement naïve d'un Douanier Rousseau. Dans la version paradisique, homme nus et animaux cohabitent paisiblement dans une jungle fantaisiste. Et dans la guerre, les monstres sont des G.I. tombés du ciel qui crachent le feu de leurs mitraillettes. Un thématique qui revient ici et là, comme dans Les trois nageurs immobiles scrutant un ciel soudain habité par un escadron de parachutistes tout droit sortis de la Deuxième Guerre mondiale. Ailleurs, ce sont des séducteurs qui sont démasqués, leur tête remplacée par des bouquets de fleurs, ou encore une desmoiselle qui fait cruellement patienter ses soupirants. Impénétrable et obsessionnel, l'univers de la peintre séduit et inquiète à la fois.

Isabelle Vuong – 24 Heures (supplément culturel du 29 mars au 4 avril 2007)

Pascale Allamand et son jardin secret

«La peinture est un virus dont on n'a pas envie de guérir», aime à dire la Montreusienne Pascale Allamand. Photographe de métier, elle peint depuis une quarantaine d'années les photos qu'elle n'a pas faites. En fait de photos, ce sont des visions qui lui viennent le soir avant de s'endormir, lorsque son cerveau flotte entre conscience et inconscience. Des images poétiques, insolites, voire surréalistes qu'elle peint après les avoir captées dans sa mémoire.

Il y a du naïf aussi dans l'expression de ces visions, lorsqu'elle peint une foule Place Beaubourg ou sur le Pont-Neuf, alors que certaines toiles rappellent Magritte et son univers décalé. Pascale Allamand met beaucoup d'humour dans ses œuvres. Tout comme dans ses personnages sculptés du fil de fer, dont elle orne son jardin.

Un jardin qui n'est désormais plus secret puisque l'ensemble de son œuvre fait l'objet […] d'une monographie dont le texte est signé Myriam Meuwly.»

– Christian Guhl – Vevey Hebdo, 23.03.2007

 

 

Pas de bonus disponible.

Monographie

Introduction de Myriam Meuwly

97 reproductions

22 x 21 cm

116 pages

ISBN:
9-782940-251-47-6

CHF 29.00 / 19.00 €

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