Extraits de Morose foncé:
«Notre télévision souhaite
minviter à débattre de
lart dans son contexte international.
Bien quexemplaire aux yeux de sa productrice,
mon travail ne sera jamais montré et
disséqué par sa personne, variablement
affublée datours moliéresques,
si ce nest carnavalesques. Cette perruche
qui pérore sur son fauteuil avec des
airs entendus, des moues de poupée
énervée, image souriante par
angoisse, fait les beaux jours de la culture
télévisuelle locale, laudience
en moins.
Les gens de la culture ny croient pas.
Les autres, ceux que cela indiffère,
nosent pas y croire ou nen croient
pas leurs yeux. Cest limpasse,
malgré la bonne volonté appliquée
de la dame. Un art, tel que le mien, nest
pas accessible par le biais de cette lucarne.
Encore moins quand un perroquet veut sen
emparer. Jai refusé. À
quoi bon ? Mon uvre vit ailleurs.»
«Je hais Noël
Mon oncle était venu ce soir-là,
javais sept ans. Cet homme veuf et sympathique
viveur, on laimait au pointde ne jamais
nous passer de lui lors des réunions
familiales. Il avait mangé avec gloutonnerie,
comme à son habitudae, puis sétait
éclipsé. Un père Noël
combla son absence et fit aussitôt oublier
le tonton avec ses cadeaux. Je jouais seul
dans le salon alors que mes parents buvaient
avec lui - sans doute -, ma sur et des
voisins de palier, une bouteille à
la cave. Lhomme en rouge est entré,
il a demandé si jétais
heureux des jouets, je lui répondis
par laffirmative. Il actionna le remontoir
du train après avoir enlevé
le gant rouge de sa main droite. Cette main
je la vois encore : elle est porteuse de tous
les vices, de toute lhorreur refoulée
par mon esprit. Il mourut sous une locomotive
à la gare, la veille de Pâques
suivantes. Dans le cercueil, son visage tuméfié
avait été voilé, mais
ses mains croisées sur le buste laissaient
apparaître une cicatrice sur un doigt.
Je reconnus cette main qui, désormais,
ne commettrait plus dactes insanes.»