Retour sur le lieu d'un bonheur d'enfance
 

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Venise retrouvée (peintures récentes)
par Ivan Moscatelli

Après plus d’un demi-siècle, le peintre Ivan Moscatelli est revenu sur le lieu même de son bonheur d’enfance. Il a ainsi retrouvé Venise la blonde – cité improbable et baignée de soleil. D’où son hommage peint à l’attention de celle qu’il qualifie de « dame très âgée, au visage parcouru de magnifiques rides et vêtue de dentelles froissées ». Mais l’artiste s’est aussi laissé ensorceler par Venise la blême – mystérieuse sous sa cape de brume –, dont il nous offre des reflets que seul pouvait capter un « enfant du pays »…

Cliquer ici pour écouter la présentation de Venise intime et Venise retrouvée faite par l'éditeur lors du vernissage de l'exposition d'Ivan Moscatelli à la Galerie des Amis des Arts de Neuchâtel le 13 janvier 2007.

   
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«Grâce à l’étonnante fraîcheur juvénile qui l’habite encore, Ivan Moscatelli a su réapprivoiser les ruelles vertes et mouvantes ; soulever des nuages de poussière pour débusquer des ambiances subtiles et sobres, tissées de brumes et de grisaille, auxquelles ne savent goûter les touristes avides ; poursuivre le soleil dans sa course par-dessus le dédale des canaux. […] Ivan rapporte de son pèlerinage d’homme mûr une moisson d’images d’arrière-saison.»

Extrait de l'avant-propos de Grégoire Montangero

   
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«Profond, sourd, vaporeux, mais aussi lumineux, léger, aquatique: c'est toutes les facettes de l'univers de Venise qu'Ivan nous offre. Merci.» – PY L., Mézières.

«Venise, loin de tout cliché. Il fallait un peintre comme Ivan Moscatelli, "tombé dedans quand il était petit", pour pouvoir la traduire ainsi. – J.-D. B., Le Landeron

«"Voir Venise et mourir" dit-on. J'aurais plutôt envie de continuer à vivre après les reflets que nous en offre Ivan Moscatelli dans sa Venise retrouvée.» – J. P. Vallorbe

«Quelles belles retrouvailles que celles d'Ivan Moscatelli et Venise! Cette longue séparation valait la peine!» – M. P.


Un intime de Venise

Enfant, Ivan Moscatelli a passé plusieurs étés à Venise. Il s'en souvient dans un récit rédigé avec ses mots de petit garçon. Et dans une centaine de toiles récentes, à découvrir à Neuchâtel

«A 62 ans, le temps presse!, constate Ivan Moscatelli, sans se lamenter pour autant. Je n'ai plus voulu remettre cette histoire au lendemain, je me suis dit qu'il fallait l'écrire maintenant». Cette histoire, c'est celle de son enfance et, plus précisément, de cet été 1947 passé à Venise chez sa tante Ettorina et ses trois cousines, Alba, Diva et Gioia...

Pour relater cette histoire, Moscatelli s'est remis de façon très convaincante dans la peau du petit garçon de 5 ans 1/2 qu'il était alors. Tout juste sortie de presse, sa «Venise intime» en respecte le regard, et aussi le langage, d'une réjouissante fraîcheur. «Je n'ai jamais perdu mes impressions d'enfant. Souvenirs, sentiments, parfums sont encore très vifs. J'ai juste un peu triché avec les dates. Les faits se sont déroulés en 49, mais je les ai situés en 47 pour être plus proche encore de l'après-guerre».

Il y a le récit. Et, parallèlement, la démarche de Moscatelli le peintre, qui témoigne d'une «Venise retrouvée» au fil de 110 toiles, accrochées depuis dimanche aux cimaises de la galerie des Amis des arts, à Neuchâtel.

«Récit et tableaux, des petits formats pour rester dans l'intimité, tout est lié». Alors, sur la toile, le Neuchâtelois, fils de résistant italien, a peint les canaux du Dorsoduro et l'église San Pantalon où, avec sa tante et ses cousines, il assistait à la fête de la Madone. Dans ce quartier, en ce temps-là populaire, le petit Ivan vit une grande histoire d'amour avec Cinzia, sa toute jeune voisine d'un an sa cadette, et découvre les revers impitoyables de l'Histoire.

Dans ce quartier du Dorsoduro, on croise aussi Amleto, le gentil marchand de glaces édenté, et cette femme bienveillante qui attend sur le trottoir et l'embrasse sur la joue. Elle est vêtue d'une jupe blanche très courte, alors Ivan croit qu'elle joue au tennis. «A l'époque, la prostitution était très présente dans les rues de Venise. J'étais fasciné aussi par les bals, les gens dansaient beaucoup, pour oublier la guerre. Et sur la place Saint-Marc, on croisait bien plus de pigeons que de touristes».

Surtout, le petit Ivan, se laisse dorloter par «ses» quatre femmes. Il est à l'aise au milieu des soutiens-gorge suspendus à une corde à linge et, la nuit, nu lui aussi et sans équivoque, contre la peau nue de ses cousines. «Je dois sans doute à ces femmes une bonne part de mes 20% de féminité», sourit l'artiste, en qui l'espièle enfant de 5 ans sommeille aujourd'hui encore.

Un temps distendus, les liens entre Venise et Moscatelli se sont renoués très fort dans les années 1980. Le peintre ne travaille jamais ses toiles sur place, c'est donc à partir des nombreuses photos, de format carré, prises durant ces 15 dernières années qu'il a réalisé les tableaux aujourd'hui exposés. «J'ai pris certaines photos à genoux, pour échapper à l'image de carte postale». Pas au point, toutefois, de trahir la Venise éternelle adulée des touristes et des amoureux.

Jaunes éclatants et bleus profonds, eaux turquoise ou orangées, reflets pastel ou hachures plus nerveuses, le talentueux coloriste restitue toutes les humeurs de la Sérénissime, sa perception d'enfant intimement mêlée à celle de l'adulte. Au fil du voyage, l'artiste se permet quelques clins d'œil aux peintres qu'il admire, Turner, Music et, géographiquement plus proches, L'Epée, Aeberli, Comtesse. «Tous nous aimons la même femme, nous formons le clan des amants de Venise», dit Moscatelli, avec un brin de séduction latine.

Au fil du voyage apparaissent aussi quelques toiles fauves, histoire, pour Moscatelli, d'établir un bref lien avec les œuvres antérieures de l'expo «Fauve qui peut!», quand bien même il professe un goût pour les explorations multiples et renouvelées.

Exhalant ses atmosphères changeantes, gorgées «d'humidité et d'odeurs très fortes», cette Venise-là accorde peu de place à la présence humaine, réduite à quelques silhouettes. «Vus à hauteur d'enfant, les adultes restent des êtres lointains, indisctincts. Et puis, ceux que je croisais quand on s'aventurait au centre de la ville, c'est-à-dire hors de mon quartier, m'étaient inconnus. Cette absence humaine prend peut-être aussi le contre-pied de la foule qui, aujourd'hui, envahit Venise».
Une trace de nostalgie? Le peintre ne cultive pas celle de la cité d'autrefois, même s'il constate que «les hommes ont fait un terrible business à partir des plus belles rides du monde». Mais quand un voile de tristesse s'empare de l'homme mûr, c'est parce que sur cette Venise encore préservée se décalque, simplement, la nostalgie de l'enfance.

L'Express, Neuchâtel – Dominique Bosshard, 16 janvier 2007


Neuchâtel, galerie des Amis des arts, jusqu’au 25 février. Catalogue de l’exposition aux éd. Publi-Libris.

 

Venise retrouvée à la Galerie des Amis des Arts

Les appétits d’Ivan Moscatelli

Une fois de plus, Ivan Moscatelli surprend son public et ses amis. En effet, les cimaises de la Galerie des Amis des Arts accueillent des toiles placées sous le thème Venise retrouvée. Détour conseillé.

Bâtisseur d’éphémère, Ivan Moscatelli signe des œuvres qui ne laissent pas indifférent. En délivrant ses toiles et son livre Venise retrouvée, l’artiste fait de l’ordre dans son paysage intérieur. Pour l’occasion, il a réussi le difficile mariage de la rigueur et de l’imagination. […] Venise revisitée, sur toile de lin, est une projection concreto-imaginative digne de ce baladin du geste. On retrouve-là le Moscatelli que l’on aime. A la fois généreux et saltimbanque, il rayonne par le biais de l’intelligence du mouvement.


Symphonie accrocheuse
Une fois n’est pas coutume, sur ses tableaux, les choses l’emportent sur les gens. Cette Venise revisitée, telle qu’il l’a connue pendant son enfance, est dépouillée. Sans histoire particulière, sans carnaval, elle offre à l’œil une symphonie accrocheuse, de rêves pris au piège du pinceau de l’artiste. Gondoles à profusion, pont des Soupirs et pont sur le Grand Canal ou les divers canaux, en forment le trait d’union, symbolisent un lien entre passé et futur. Alors que le flou est omniprésent, les évidences thématiques s’estompent. Le Neuchâtelois d’adoption – il a pris racines dans le canton depuis la nuit des temps ! – appelle à la découverte. Les couleurs se muent en des forces abstraites. Sans rien inventer, Ivan Moscatelli a osé. Il propose du substantiel à se mettre sous la pupille. La richesse de son univers occupe l’espace. On retrouve indéniablement le funambule Moscatelli. Celui qui se permet de dépasser les convenances sans craindre de choquer. N’en déplaise aux irréductibles scrogneugneux, l’homme a indéniablement du talent. De l’audace. Il illustre, quelquefois jusqu’à la caricature, une dynamique d’esprit rare. […]

Le Journal du Jura – Aldo-H. Rustichelli – 25.01.2007

 

Voir la rubrique downloads.

 

Pas de bonus disponible.

 

Monographie

Préface de Grégoire Montangero

110 peintures

22 x 21 cm

224 pages

ISBN:
978-2-940251-45-2

CHF 49.00 / 30.60 €

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