«Je n’écris jamais qu’impérativement.» – Béatrice Moulin
 

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La peau de l'âme
par Béatrice Moulin

Dans le sillage du suicide de son fils Boris, Béatrice Moulin confie sa douleur à son journal intime. Par ces lignes nées sous l’empire de la nécessité, elle tente de faire son deuil, évoquant l’être aimé et le geste sans appel d’un homme de trente-trois ans. Voyage aux confins du déchirement et de la mémoire maternelle, ce texte transporte le lecteur à Belle-Île-en-Mer, terre nourricière qui inspire à Béatrice Moulin un hymne d’amour fondé sur une intense communion avec la nature.

Chanteuse-comédienne au charisme rare, puis journaliste culturelle dotée d’une écoute sensible, Béatrice Moulin émet dans La peau de l’âme un cri bouleversant, à la fois proche de l’art brut et de l’écriture la plus ciselée.

Légende photo: Béatrice Moulin en pleine séance d'enregistrement à Paris dans les années 1960.
(Photo: Gilles Walusinski, archives privées de B. Moulin)

 

   
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La peau de l’âme ou la douleur sublimée
La chanteuse-journaliste lausannoise Béatrice Moulin – égérie de Boris Vian dans les années 1950, amie de Brassens, de Brel et de Gilles – publie La peau de l’âme, journal intime d’une mère, consigné sous l’empire de la nécessité après le suicide de son fils. Ce cri bouleversant tient à la fois de l’art brut et de l’écriture la plus ciselée. Fruit d’une plume fort originale, il transmue la douleur maternelle en une œuvre littéraire.

La parution de La peau de l’âme ravira celles et ceux qui se souviennent du charisme galvanisant de Béatrice Moulin, membre fondatrice de la troupe théâtrale des Faux-Nez à Lausanne. Après une longue période parisienne puis un retour comme journaliste sur les ondes de la RSR et au sein des pages culturelles du magazine Construire, Béatrice Moulin avait quitté la scène publique. La parution de ce journal intime confirme le tempérament et la personnalité atypiques qui avaient séduit son public.

«Lorsque le journaliste Jean-Pierre Moulin nous a soumis le manuscrit de sa sœur, notre engouement fut immédiat», précise Grégoire Montangero, éditeur de La peau de l’âme. «La force, l’originalité, les qualités stylistiques et la mise à nu dans le déchirement, donnent à ce drame de femme une portée qui fascine.»

Depuis toujours, Béatrice Moulin tient un journal intime. «L’écriture fait partie de ma vie», comme l’affirme cette littéraire née. «Je n’écris jamais qu’impérativement. Mais je ne me pardonne pas mes silences d’écriture, comme si je devais me mettre en permanence en danger de mort alors qu’écrire n’a guère d’importance. Écrire sous peine de mort devrait être une raison suffisante pour apprécier les périodes où je n’écris pas, mais non : je me les reproche», admet l’auteur de La peau de l’âme.

Cette profession de foi résume le souffle qui anime ce texte chargé d’un lyrisme, d’une sensualité et d’une sensibilité à fleur de plume.

Légende photo: Béatrice Moulin et Jacques Brel dans une loge des Trois-Baudets à Paris (années 55-60), à l'époque où ce dernier se produisait en première partie de la chanteuse lausannoise!
(Photo: A. Gornet, archives privées de B. Moulin)

 

   
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«Un talent d'écrivain hors du commun. Une véritable personnalité littéraire. La peau de l'âme est un livre beau comme un drame antique et dramatique comme un roman fort.» – C. B. Pully

«Béatrice Moulin distille son vécu de mère avec une maestria hors du commun. Sa sensibilité à fleur de peau doublée de son don d'expression très personnel lui permet de traduire sa subjectivité de mère avec un talent presque insupportable.» – P.Y D. Montreux

Légende photo: Béatrice Moulin et Henri Salvador, Paris, 1959
(photo: André Gornet, archives privées de B. Moulin)

 

Béatrice Moulin en version intime

Journal – Comprendre et faire le deuil : douze ans après le suicide de son fils, l’auteur raconte sa marche forcée. Poignant.

Une enquête ou une en quête ? Béatrice Moulin, chanteuse flamboyante que les publics parisien et romand ont appréciée pendant plusieurs décennies, revient avec une énigme. Plus précisément un livre, un journal intime. Les sentiments y sont bruts, les phrases ciselées. L’auteur parle de son fils ; et d’elle, depuis le jour où il a décidé de s’envoler en se lançant du quatrième étage de son immeuble. Boris avait 33 ans.

Par petites touches, la relation entre la mère et son enfant, à la fois distante et fusionnelle, est restituée. Depuis les premiers moments, quand, d’un ton qui se voulait léger, elle lui répétait, comme à un rédempteur espéré : « Tu es venu sur terre pour réconcilier les hommes, tu es mon petit Jésus ? » Jusqu’à la dernière rencontre, au bar de La Coupole, à Paris, quand les mots ne passent plus, quand le fils est déjà comme hors de l’humanité : « Il avait cru à la reconstruction du Temple. Il s’était désiré prophète. Il avait égaré la foi. Puis, il a laissé son esprit s’égarer, la société, la psychiatrie mettre la main sur lui. »

Dernier refuge

Celle qui avait été membre de la troupe fondatrice du Théâtre des Faux-Nez, à Lausanne ; celle qui, à Paris, a côtoyé Brel, Brassens, Truffaut ; celle qui a émerveillé Vian, Boris aussi ; celle qui fait un tandem étonnant avec son frère Jean-Pierre aux mille talents… Celle-là se retrouve solitaire dans sa volonté de comprendre la trajectoire de son fils. Elle accepte un temps encore un complice, son chat Animus, et s’en remet à sa maison de Belle-Ile-en-Mer, qu’elle décrit somptueusement et chérit comme un dernier refuge.

Souhaite-t-elle vraiment faire le deuil, quand elle lâche : « Je n’ai plus d’avenir, il me reste le présent » ? La marche forcée ne s’effectuera pas en vain. Sur la plage que la souffrance vient caresser de son va-et-vient, la marée a déposé un bijou perlé.
Denis Etienne – L’Hebdo, 12 janvier 2006

 

«Partir vers l’île, revoir la maison de pierre, le fier rocher qui se dresse face au sud-ouest infini. Je m’aventurerai une fois de plus sur le chemin désert de la côte, en compagnie du chat Bouddha, animal de sagesse qui s’adapte à tous les coups du sort.

Je renifle sur le seuil de la maison de pierres le parfum des nourritures fortes. Devant moi, la mer ; sur moi, le vent qui force à cheminer résolument ; sous mes pieds, le chemin bordé par la lande de fer. Le soleil est couchant, c’est l’heure du chat qui m’accompagne, humant, galopant. Puis la patte en arrêt, il attend que je le rejoigne. On se salue, on s’attend au détour. Il traque le lapin et moi la fin du jour, qui annonce demain. Les rochers sont gris, les oiseaux se taisent. Personne alentour, même et surtout pas moi.

Ni ciel ni terre ni mer ne se rencontrent, ils se fondent dans la grâce du soir. L’indifférence du paysage tranquillise mon pas. Même le chat, le Roi des Rois, s’immobilise. Je remonte vers la maison. Elle est grise et va s’effacer dans la nuit.

Le feu rougeoie. Je me faufile dans le lit. Pâques célébrées, je quitterai l’île pour m’y retrouver au temps de la bruyère, qui sonne rose et violet dans le soir de juillet, qui vibre en août, se dessèche en septembre. (…)
Ici, le mensonge ne survit pas. La mer ronge les rocs, j’en vois s’effriter chaque année ; mais elle les ronge amoureusement, avec l’opiniâtreté de ceux qui se combattent mais ne se sépareront jamais. L’océan et la terre poursuivent la plus longue histoire d’amour du monde, caresses et fureurs alternées.

Ce pays m’a donné le sens de la durée ; c’est un centre si émotif que le moindre frémissement de son aspect prend valeur d’enseignement. Un continent n’est pas touchant ; ce bout de terre entouré d’eau m’offre le spectacle de sa lutte, me tire hors de mes léthargies, me rappelle que je ne ferai jamais qu’y passer quel que soit le temps qui m’est accordé. (…)
Le fils arrache un monceau de mauvaises herbes, dont le tenace fenouil. Il m’entraîne à lui conter son arbre généalogique. Je l’entreprends sur lui-même, mais il détourne le propos. Après-demain, il aura vingt-deux ans.»

 

Repères biographiques

Béatrice Moulin est née à Lausanne en 1926. Elle fréquente l’École Supérieure de Jeunes Filles, puis en 1947, comme beaucoup de jeunes Romands avides de traverser enfin les frontières, part pour Paris puis pour Londres où elle se fixe. Pendant un an, elle collabore à la BBC (traductions). Elle y rencontre l’écrivain-poète Henri Thomas avec qui elle traduit plusieurs romans.

De retour en Suisse, Béatrice Moulin participe en 1953 à la naissance du Théâtre des Faux-Nez à Lausanne, sous la direction de Charles Apothéloz. Elle crée avec sa sœur Antoinette Auberson et Armand Abplanalp Un mot pour un autre de Jean Tardieu. Elle découvre sur la petite scène de la rue de Bourg son talent de chanteuse. Elle interprète des chansons de son frère Jean-Pierre Moulin, de Franck Jotterand, de Jacques Prévert et de Francis Lemarque, parmi d’autres.
Jacques Canetti, le célèbre imprésario parisien engage la troupe des Faux-Nez pour une saison dans la ville lumière aux Trois Baudets, dans un spectacle dont la vedette est Georges Brassens.
Béatrice Moulin décide de rester à Paris. Elle se produit au Milord L’Arsouille, au Port du Salut, Chez Gilles ainsi que dans de nombreux cabarets de la Rive Gauche.

Elle épouse Maurice Alezra – directeur de la Vieille Grille, le premier café-théâtre parisien – dont elle a un fils, Boris.
Jacques Canetti puis Boris Vian lui font enregistrer plusieurs disques 45-tours (pour les maisons Philips, Fontana, Carrère). Après la mort de Boris Vian, Béatrice Moulin grave sur un disque (Hadès) quatorze chansons dont certaines inédites de l’auteur du Déserteur.

Pour France-Culture, elle enregistre des poèmes d’Henri Michaux sur une musique d’Antoine Duhamel.

Béatrice Moulin passe désormais plusieurs mois de l’année à Belle-Île-en-Mer. Elle y rencontre Henrik Morel, un personnage faulknérien, possédé par l’esprit singulier de l’île. Elle écrit avec lui Les ciseaux de la tempête aux éditions Payot-Rivages, Paris.

Béatrice Moulin s’éloigne peu à peu de la chanson non sans avoir enregistré un disque dont elle signe les paroles sur des musiques du compositeur brésilien Cesarius Alvim. Elle se tourne alors vers le journalisme, collabore au magazine suisse Construire, donne à la Radio Suisse Romande de nombreux entretiens remarqués avec des personnalités de la musique et de la littérature contemporaines.
Elle devient enfin l’attachée de presse chargée de la promotion des ouvrages édités par La Maison des Sciences de l’Homme (École des Hautes Études en Sciences Sociales).

Depuis toujours, elle rédige un journal intime dont le présent ouvrage reflète la charge émotionnelle et la beauté du style.

Journal intime

22.5 x 15,5 cm

195 pages

ISBN:
2-940 251-25-8

CHF 29.00 / 19.00 €

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