Vallancourt, nouveau roman
de Michèle Tharin
Un hymne à la «vieillesse»
et au «matin enchanté»
de lenfance
Le quatrième roman de Michèle
Tharin, Vallancourt, est un
hymne à la «vieillesse»
et au «matin enchanté»
de lenfance. On retrouve dans
ce livre limagination créatrice,
la fantaisie comique et la profondeur
des ouvrages précédents.
Ce «pont» créé
entre le soir de la vie et son commencement
a force, couleur, élan et gaieté.
Des personnages aux noms insolites
et évocateurs, aux destinées
variées : lacteur, le
chimiste, le journaliste, le curé,
la cantatrice, la guérisseuse
et bien dautres forment un groupe
héteroclite mais uni par le
même désir dévasion.
Marcher vers lavenir, revivre
Tous décident de quitter
leur maison de retraite. «Ceux
dautrefois qui marchent vers
lavenir» revivent, recréent,
avancent, «ils vivaient lheure
des étoiles». La satire
allègre, jubilante «la
Gorgone sétonne, détonne,
sépoumone»
se mêle à la poésie
lumineuse, lhymne est virtuose,
et voici que les silhouettes blanches,
les ombres protectrices tendent la
main, ouvrent le mystère du
cycle accompli.
Vivants symboles
Le jeu des couleurs est irradiant,
on pense à Baudelaire : «Les
parfums, les couleurs et les sons
se répondent». Le château,
la forêt, létang,
la brume, le monument, «les
sentiers pour chanter à tue-tête
à lorée dune
solitude magnifique» sont des
symboles vivants, «le passé
déroute, cligne des yeux»,
«dans la demi-clarté
de cette étrange nuit».
Mystère et nostalgie
Le mystère et la nostalgie
portent lensemble et lui confèrent
force, tendresse, fantaisie et humanité,
jusquau sommet final qui évoque
le rythme des âges transcendés
et tutélaires. «Et ils
vont, cheveux au vent, hardis, auréolés,
dans la lumière orangée».
Alors, valeureux vivants, volez vers
Vallancourt !
Martine Magnaridès,
Vevey Hebdo 2 juin 2006
Vallancourt
«Un très beau titre pour
un très beau livre des éditions
Publi-Libris ! Cest le quatrième
roman de Michèle Tharin, celui
qui nous apporte le plus. Il devrait
figurer dans tous les établissements
médico-sociaux parce quil
est à la fois une très
réaliste satire de certaines
maisons de retraite et une invitation
à en sortir par le moyen le
plus farfelu et le plus radical. Cette
bonne farce jouée aux institutions
en place fera le bonheur des lecteurs
de tout bord. Déjà les
prénoms ont été
choisis parmi les plus originaux du
calendrier. Et cette fin de vie que
chacun appréhende se passe
ici dans une gaieté, une poésie
(ah ! le chef-duvre quest
le dialogue entre lenfant Oswald
et le vieillard Oswald !), une féerie,
une joyeuses retombée en enfance.
Adieu, les fausses formules de certains
visiteurs des seniors en boîte
! [
] Adieu, la résignation,
la renonciation à se battre
! Vallancourt va tout régler,
grâce au comte Adalbert de la
Mothe, et surtout à Geoffroy,
le savant. [
] «Jai
donc réussi à changer
la structure la plus intime et la
plus infernale de la décrépitude
qui, somme toute, siège surtout
dans le cerveau. [
] Il faut
inverser les lois naturelles, faire
marche arrière, aller dans
lautre sens, remonter les escaliers
du passé
[
]»
Les quinze pensionnaires destinés
à la noble liberté sont
tous des adeptes de la machine à
remonter le temps, le seul engin que
les vieux savent utiliser et utilisent
avec plaisir et sans remords. Les
autres mécaniques, ils les
laissent aux jeunes et au diable.
De leur temps, on faisait tout de
ses propres mains ! On était
des gens respectables, travailleurs.
Pas besoin de machine à laver,
à sécher, à repasser,
à flemmarder. De leur temps
Et ces ordinateurs pleins de puces
où trottent des souris. Autrefois,
on traquait les puces et on piégeait
les souris. Maintenant, tout est admis
!
Glady, la femme de lettres, avoue
: « [
] Vallancourt est
propice à limagination.
Je vais écrire une histoire
pleine de sexe et de violence !»
«Nous allons taider à
te débarrasser des aberrations
du temps, disent-ils à lunisson.
Une pastille orangée, un comprimé
puce, deux cachets, lun amarante,
lautre lilas, quelques gouttes
de saponaire, des granules de digitaline,
quatre pilules de valériane,
des perles déther, une
onction à lhuile de novocaïne,
de la poudre dalun et limage
du bonheur retrouvé
»
Glady éprouve laffolante
sensation dexister en deux corps
différents, lun jeune
et fort, le second âgé.
Et tous deux se pourchassent, se combattent,
gagnent leur territoire sur la destruction
de lautre. A la manière
des vases communicants
Elle
court derrière la fillette
quelle a été
Mais je vous laisse découvrir
lheureux dénouement de
cette histoire extraordinaire, colorée,
vivifiante.»
Jacqueline Thévoz Le
Républicain, 21 septembre
2006