L'aquarelle paysagère à son paroxysme
 

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L'aquarelle passionnément
par Bernard Völlmy


Premier livre consacré à l’exceptionnel aquarelliste suisse Bernard Völlmy. à l’intérieur, quatre-vingt œuvres de ce géant modeste. Quatre-vingt
transcriptions du réel qui méritent, chacune, un arrêt sur image tant elles témoignent d’une virtuosité issue d’un idéal technique sans concession.
Véritable absolutiste de l’aquarelle, Bernard Völlmy a repoussé les limites de cette discipline. Ainsi, même le hasard – considéré d’ordinaire comme un paramètre décisif de réussite – n’a plus droit de cité dans sa peinture!

Les connaisseurs relèveront ses fondus de couleurs, dignes du grand aquarelliste suédois Carl Larsson. Ils goûteront aussi aux étonnants effets de profondeur d’un Bernard Völlmy, maître de la troisième dimension.

Les praticiens, à la lumière des visées de ce peintre pour le moins habité par l’aquarelle, puiseront, au fil des pages, matière à progresser dans leur art.

Quant aux lecteurs sensibles aux paysages vaudois, jurassiens et alpestres, ils se délecteront à la simple contemplation de ces reflets du monde qui constituent autant de facettes du bonheur.

Les Éditeurs

 

   
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Bernard Völlmy :
l’absolutiste de l’aquarelle

Après avoir exécuté pas moins de 540 aquarelles (dont plus de 500 vendues!), Bernard Völlmy, peintre d’Oron-la-Ville (Suisse), voit son travail récompensé par un très beau livre : L’aquarelle passionnément.

Cet ouvrage reproduit 80 œuvres de cet artiste contemplatif qui évoque si bien les paysages du Jorat, du Lavaux, du Gros de Vaud, du Jura et de la France voisine.
En matière d’aquarelle, celles de Bernard Völlmy frôlent la perfection : délicatesse des tons, remarquables fondus des couleurs, précision du trait, rendus des atmosphères et de la troisième dimension. «Il est vrai que je suis un perfectionniste!» admet le peintre à l’œil affuté, car géomètre de formation.

Les œuvres reproduites dans L’aquarelle passionnément confirment l’impressionnante maîtrise de l’artiste, à l’aise aussi bien dans la restitution des plans d’eaux et des cieux, que des fleurs et des constructions.

Coloriste aux nuances innombrables (pourtant obtenues à l’aide d’une palette minimaliste constituée des trois couleurs primaire), Völlmy est un vrai peintre vaudois : modeste et discret malgré d’immenses qualités.
Ainsi l’ouvrage nous révèle, exemples à l’appui, certaines des facettes méconnues de ce Bernard Völlmy, dessinateur précoce et peintre impénitent depuis son adolescence. Le jeune Völlmy serait devenu un brillant peintre animalier si son père ne l’en avait dissuadé : «Tu sais, ce n’est pas drôle de devoir faire un tableau tous les jours!». Contraint à opter pour la profession de géomètre, Völlmy a tout de même laissé libre cours à son sens de la caricature. Pendant plus de trente ans, il a croqué de nombreuses personnalités, réaliser des affiches de spectacles, conçu des étiquettes de vin et réalisé bien d’autres projets.

Après s’être consacré à la peinture à l’huile qu’il appliquait «à la spatule, avec la fougue de l’adolescent que j’étais», Bernard Völlmy a admis que les transparences et la douceur de l’aquarelle convenaient mieux à son tempérament. «De toute façon, à la fin, je diluais tellement mon huile que mes tableaux contenaient davantage de terpinette que de peinture!», note l’artiste avant de conclure : «Il était donc logique que j’opte pour l’aquarelle!»


Cette décision semble lui avoir souri puisque depuis sa reconversion, ses expositions dans sa galerie de Mézières et en d’autres lieux remportent un franc succès. Les amateurs apprécient sa technique sans faille, l’absence totale de dépôt de pigments aux confins d’une couleur, le jeu entre papier mouillé et papier sec, fruit d’une recherche quotidienne et d’une qualité d’observation rare.

Le livre qui sort ces jours aux éditions Publi-Libris rend hommage à un artiste intègre, fidèle à sa démarche réaliste, amoureux de son pays et respectueux de son public comme l’étaient Carl Larsson ou Norman Rockwell, peintres qu’il admire. Le fait est assez rare pour être relevé, tout comme la sérénité qui habite les reflets «aquarellés» des visions de Bernard Völlmy, pourtant inspirées par le monde qui nous entoure.

   
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Bonus

«Les œuvres du grand Völlmy enfin sous forme de livre: voilà la bonne nouvelle de la saison! Merci pour ce bel ouvrage aux reproductions fidèles et aux informations éclairantes». – M.-P. D., Neuchâtel

«L'aquarelle passionnément est le livre qui manquait pour les amateurs d'aquarelles régionales. Vous avez comblé un vide et fait des heureux.» – J. G., Lausanne

«Je collectionne les aquarelles de Völlmi depuis plus de dix ans. A partir de maintenant, j'offre son livre à mes amis qui s'enthousiasment en voyant les tableaux qui ornent mes murs. Bravo pour ce bel hommage à un artiste méritant.» – P. A., Lausanne

 

Le célèbre magazine Pratique des Arts consacre six pages de son numéro hors-série n°6 «aquarelle» (avril 2006) à Bernard Völlmy!

«Je ne suis pas un aquarelliste du hasard»

Tel est le titre de ce grand reportage sur Bernard Völlmy qui occupe les pages 22 à 27 du dossier de Pratique des Arts: «Rencontrez les plus grands artistes dans le secret de leur atelier, découvrez les nouveaux talents européens».

«Jusqu'au-boutiste, il pratique une aquarelle d'où le hasard est totalement exclu, jusque dans le choix des matériaux employés», précise l'article décrivant le travail de Bernard Völlmy. «Expérimentateur invétéré, il joue sur les superpositions de lavis qui donnent à ses paysages, où règnent ombres et reflets, cette profondeur en perspective à l'origine de leur réputation.»

Au fil des six pages dévolues à Bernard Völlmy, le magazine dévoile les techniques de ce peintre, explique sa technique, ses outils, présente son atelier et évoque son livre: Bernard Völlmy – L'aquarelle passionnément.


Le talent de Bernard Völlmy, «perfectionniste de l’aquarelle», célébré par un livre

Galeriste bien connu de Mézières et artiste renommé d’Oron-la-Ville, Bernard Völlmy voit son talent consacré par la publication d’un livre sur son œuvre : L’aquarelle passionnément (éditions Publi-Libris). Au fil des 103 œuvres reproduites, on se laisse emporter dans le monde doux, calme et reposant de ce remarquable aquarelliste qui capte l’essence de notre coin de pays avec une rare délicatesse.

Lavaux, Jorat, Jura, Gros-de-Vaud et Léman se prêtent tellement à l’aquarelle qu’en la matière, il est souvent difficile d’échapper aux clichés… Bernard Völlmy parvient à éviter ce travers et à porter sur notre région un regard différent, sobre et fort personnel. «Avec le temps, les ambiances m’intéressent presque plus que les sujets eux-mêmes, tel est peut-être mon secret…», relève l’artiste.

A l’issue des 126 pages du livre L’aquarelle passionnément, notre regard aura contemplé des vues simples et épurées, quelques fermes délabrées au charme indéniable, des champs envahis de coquelicots, des murs de vignes, des paysages de neige, quelques eaux miroitantes, des ruisseaux qui serpentent entre des arbres aux feuillages bruissants… Bernard Völlmy est un contemplatif, le fait est certain. Son œil redoutable et geste précis s’unissent pour rendre le cachet de notre terre avec le réalisme détaillé que s’impose ce peintre épris de perfection.

Les amateurs d’aquarelles léchées, faites d'admirables transparences et d’impressionnants fondus de couleurs, apprécieront cette belle monographie consacrée à cet autodidacte méconnu. L’inspiration sans cesse renouvelée de celui qui se dit «fait pour l’aquarelle», leur procurera assurément des moments de plaisir. «Souvent, les gens ressentent ce je-ne-sais-quoi qui habite mes tableaux! Ils ne trouvent pas toujours les mots pour le dire mais éprouvent un trouble bénéfique devant mes paysages d’ici, saisis hors du temps…», admet le peintre.

Parmi les collectionneurs de Völlmy, certains possèdent jusqu’à dix de ses œuvres. «J’avoue qu’il est très satisfaisant pour un créateur de vendre presque l’entier de sa production à chaque exposition, concède Völlmy. Je figure donc parmi les privilégiés et suis reconnaissant à mes fidèles admirateurs». L’essentiel des 540 aquarelles de Bernard Völlmy ayant trouvé preneur, le livre qui sort de presse permet à un vaste public de goûter au talent de cet artiste d’Oron dont le talent dépasse – et de loin – nos frontières.

 

Introduction


Des yeux pour peindre

Enfant, Bernard Völlmy couvrait les marges de ses cahiers de petits dessins. Rien de bien original jusque-là. Le phénomène pourrait même constituer une rubrique de sociologie scolaire, depuis le temps que génies, élèves moyens et cancres profitent de cette modeste aire de liberté. Moins courant en revanche, le fait que l’un de ses professeurs lui confisqua les objets ainsi ornés pour ne jamais les lui rendre. Et pour cause

le maître en question exhibait devant ses amis les œuvres marginales du jeune Völlmy! Voilà ce que ce jeune créateur a découvert des années plus tard et qui témoigne de son talent précoce. D’ailleurs, si l’on parvient à lui faire exhumer le bestiaire peint du haut de ses seize ans, cette certitude s’impose. L’œil vivant du chat, l’âne campé en plein refus d’avancer, le cheval aux muscles bandés sous la robe et les détails de la peau du lapin – sans mentionner la perfection des proportions et le naturel du trait – tout chez Völlmy dénote une maîtrise et une maturité troublantes.

D’emblée, le don d’observation de l’artiste en herbe laisse pantois. La capacité des peintres à restituer le réel stupéfait et suscite toujours l’admiration du profane. (Et cela même à l’heure de l’abstraction dictée par une nécessité tout intérieure.) En effet, aux yeux de l’amateur, l’art figuratif à son paroxysme tient en quelque sorte du prodige, d’autant plus si l’artiste, comme ici avec Völlmy, se déclare autodidacte…

Dans le cas de Bernard Völlmy, les coulisses de l’exploit révèlent l’origine de sa capacité hors du commun à regarder plutôt qu’à voir: «Gamin, mon père nous imposait de longues marches, à mon frère et à moi. Ainsi, nous allions d’Ouchy à Fenil sur les hauts de Vevey, motivés par l’annonce d’un délicieux pique-nique. Installés sur l’herbe, dominant le gigantesque pont de pierre et de fer qui enjambe la gorge, nous déjeunions face au lac. Ensuite, il fallait rentrer jusqu’à la maison… Une fois de retour, bien qu’exténués, papa nous tendait à chacun un crayon et nous disait: «Dessinez-moi le pont, à l’identique!»

Voilà comment, à l’issue de trois épreuves de ce type, Bernard a très tôt développé une sorte de boîte à images intérieure, une mémoire visuelle à même de fixer chaque composant d’une scène vue: ambiance générale, jeux de lumière, contrastes, textures, aspérités, rotondité, étagement des plans et motifs divers… «Après ce rude apprentissage, dont les acquis se sont ancrés en moi comme autant de réflexes, difficile de souscrire aux climats vaporeux de l’impressionnisme!», concède l’artiste avant de poursuivre en souriant: «Sans doute faudra-t-il que ma vue baisse pour que je me mette à peindre de façon moins précise…»

 


Inéluctable caricature
Porté par une aisance technique naturelle, l’adolescent croque tout ce qui s’offre à lui. Et, déjà un brin pince-sans-rire, Bernard ne tarde pas à s’aventurer vers les séduisants rivages de la caricature… Succès immédiat. Les «victimes» se reconnaissent. Elles rient de leurs spécificités anatomiques ou psychologiques revues et corrigées par cette plume habile… Elles goûtent à l’élégance de son tracé, à la pertinence de ses détails. Le futur peintre s’était déjà laissé prendre la première main dans le piège du réalisme. Voilà que la trappe de la caricature emprisonne désormais la seconde…

Depuis le jour où il a osé reproduire, en forçant le trait, le crâne d’œuf et le sourcil menaçant d’un vieil oncle acariâtre, son crayon – à la fois bon enfant et incisif – n’a cessé d’être mis à contribution. Étiquettes de vin, fanions, affiches et décors de théâtre comptent parmi ses nombreux travaux de commande. Pour son plaisir, il imagine même Paul Ychinelle, héros d’une velléité de bande dessinée, projet qui ne dépassa jamais quelques cases!

«La caricature est le vrai jalon de tout mon parcours», note ce dessinateur surtout connu aujourd’hui comme aquarelliste.
Grand amateur de cet aspect particulier du dessin, il a passé des heures à décortiquer les œuvres de ses maîtres: Dubout, Lavergne, Daumier, Jacques Faizant, Sempé et André Paul Perret, «dont le dessin a l’accent vaudois!»

Puisque son serrurier forgeron de père ne le laisse pas devenir peintre animalier (« Crois-moi, ce n’est pas marrant de devoir faire un tableau tous les matins! », le prévenait-il), Bernard se résigne à tirer parti de son œil affûté: il choisit le métier de dessinateur-géomètre. À peine engagé comme apprenti, il délaisse son dessin technique afin de fixer les traits de son collègue de bureau… L’employeur surprend le larron, s’empare de son forfait et… le somme de portraitiser tous ses collaborateurs! Dès ce jour, l’apprenti devra réaliser une foule de dessins et d’illustrations en tout genre en plus de sa formation professionnelle!

Modeste, Bernard Völlmy passe sous silence une autre de ses missions fréquentes: illustrer les repères altimétriques de la ville de Lausanne. D’habitude, les fiches de ce type présentent des cotes ainsi que des relevés secs et objectifs. Les siennes, à la demande de son patron, situent chaque borne, chaque édifice ou repère déterminant par un dessin à l’encre de Chine, fidèle et sensible.

Au cours de ses emplois de géomètre, il devra souvent abandonner sa planche afin de transcrire tel triple menton, tel nez proéminent, telle bedaine affligeante ou telle coiffure de balai-brosse! Chacun de ses employeurs successifs lui confiera l’illustration de programmes de fête, de cartes d’anniversaires et d’invitations. Bientôt, les commandes afflueront de toute la région, comme c’est encore le cas depuis près de quarante ans! Il en va de même à l’école de recrue: le soldat Völlmy passera davantage de temps le crayon à la main que le fusil à l’épaule…

Côté couleur
Dès l’adolescence, Bernard rêve de peindre et d’accéder à la couleur. Mais, faute de moyens financiers, il doit se satisfaire de pastels gras. Ingénieux, il râpe ses Neocolors et additionne de diluant les copeaux ainsi obtenus. Avec cette technique de fortune, il réalise une impressionnante série de têtes de chiens. Ces premiers tableaux s’inspirent des toiles de Fritz Hug (1921-1989), le peintre du zoo de Bâle. L’émule s’est beaucoup astreint à reproduire ses œuvres, réalisées à la spatule. Lors de sa première exposition, Bernard Völlmy n’a que seize ans. Enthousiasmés par sa réussite, ses proches se cotisent et lui offrent des châssis et quelques tubes.

À l’époque de son entrée dans le monde de l’huile (1967), l’artiste privilégie une peinture opaque, dense et palpable. De plus, fidèle à sa pratique du dessin, il continue à tracer le contour de ses sujets sur la couleur fraîchement appliquée.

Comblé par la fenêtre chromatique ainsi ouverte, Bernard s’en donne à cœur joie. Il exploite sa palette, fait cohabiter tons chauds et froids, procède par couches abondantes. À l’âge de vingt-huit ans, il expose ses huiles à Oron-le-Châtel. Les thèmes incluent des paysages aux crépuscules colorés, des villages du sud, des scènes de vieux assis sur leur banc de pierre, des garrigues… La spatule côtoie le pinceau.
Certes, l’aventure de l’huile fascine le peintre. Mais, au-delà de sa jubilation momentanée, une autre quête l’anime déjà. «La matière appliquée à la spatule ne me permettrait pas d’accéder à ma plénitude, je le sentais. Au fond, j’aspirais à une transparence et à des fondus difficiles à obtenir avec l’huile», se souvient l’artiste.

Bernard se met alors à diluer sa peinture afin d’atteindre un rendu plus conforme à son idéal.

Débute ainsi un grand cycle où, toile après toile, il s’éloigne de cette densité initiale pour s’approcher d’une maigreur opposée: «À la fin, je faisais presque de l’aquarelle avec de l’huile!» Le jour où son mélange contient plus de diluant que de pigment, il se propose de changer de technique.

À la conquête de l’aquarelle
«Opter pour l’aquarelle fut une révélation!», se rappelle le peintre avec enthousiasme. «Je découvrais le média propre à satisfaire mes attentes et à me faire conjuguer mon amour du dessin et de la couleur.»
Mais long fut le chemin jusqu’à la translucidité et à la maestria de sa peinture actuelle. À ses débuts, Bernard Völlmy croit fouler une terra incognita. Selon lui: «Tous les livres de technique d’aquarelle comportaient les mêmes défauts. De façon systématique, leurs exemples contredisaient la théorie! Au chapitre traitant de l’art de fondre deux couleurs ensemble, par exemple, l’illustration nous montrait un paysage maritime dont les tons – précisément! – ne se mélangeaient pas!» Il regrette ces auréoles disgracieuses et non désirées qui stigmatisent le point de jonction des teintes.

Méticuleux et précis comme un horloger, ce Suisse pure souche ne peut se contenter de ces approximations pédagogiques. Malgré une lecture attentive des prétendues «bibles» sur le sujet, trop de zones demeurent dans l’ombre. Qu’à cela ne tienne, Völlmy comblera lui-même les lacunes du domaine. Armé de son sens de l’observation et de sa patience, il s’engage à la conquête de l’aquarelle. Passionnément. Les œuvres de la première période de Carl Larsson et de Norman Rockwell lui servent de guide et de modèles. Et à force d’analyse, il perce plusieurs secrets de ces virtuoses. En 1988, il remet à sa mère le premier fruit digne de ses efforts: un petit tableau de l’ancienne fontaine de pierre de Mézières, village du Jorat. Un an plus tard, la galerie L’Estrée, à Ropraz, l’accueille. Trente-huit de ses quarante aquarelles trouvent alors acquéreur…

Le bénédictin du paysage
Dès ce jour, Bernard Völlmy pratique l’aquarelle avec la conscience, la science et la confiance d’un enlumineur bénédictin.

La conscience peut-on dire, car le peintre sait avoir découvert la technique dont il rêvait. Ses expériences précédentes lui ont révélé les atouts et les limites des autres médiums. De plus, ses lectures l’ont convaincu: l’aquarelle n’a pas livré tous ses secrets. Il se sent donc au-devant d’un champ riche de promesses. Son approche – certes prétentieuse, mais ô combien enrichissante, même en cas d’échec – découle d’un artiste doté d’un sens du devoir. La concrétiser lui demandera une foi monacale. En effet, Bernard entend éliminer – exigence suprême! – la part de hasard considérée d’ordinaire comme inhérente à l’aquarelle! Il vise une technique susceptible de réduire à néant les impondérables et de les placer ainsi sous son contrôle. «Il me paraissait très gratifiant de chercher à exclure les interventions fortuites responsables d’un ciel réussi ou d’un feuillage séduisant, et non de compter sur de bonnes «surprises» afin de camoufler des faiblesses techniques». Même si certains se gaussent, l’apprenti Völlmy n’en a cure et poursuit sa quête de perfection.
La science aussi caractérise l’attitude de ce peintre: il aborde son domaine avec la rigueur du chercheur. Des années durant, il teste ses matériaux: pinceaux, papiers, pigments, éponges, grattoirs et autres paramètres comme l’eau, jugés, à tort, insignifiants. En puriste, il procède à des études comparatives. Il reproduit le même sujet sur des échantillons de papiers et de marques de couleurs différents. Ensuite, il en évalue les résultats selon des critères bien précis: granulation, fusion des couleurs, contrastes, transparences et limpidité, constance de la densité entre une teinte et une autre, opacité, luminosité, résistance aux UV, adhérence… Cette démarche pour le moins atypique lui fournit des informations inestimables dont ses élèves sont les premiers bénéficiaires. «Si l’on souhaite simplement coucher un beau paysage sur le papier, il est vrai que j’exagère», admet-il. «Mais mon ambition vise à respecter l’esprit de l’aquarelle», précise celui qui se refuse tout recours à la technique mixte. Seule exception: son emploi du masque liquide, lequel remplace la cire utilisée autrefois pour l’obtention des blancs. «En aucun cas, je ne voulais appliquer des touches de gouache, comme trop d’aquarellistes le font», regrette le puriste.

Parmi les conclusions majeures de cet absolutiste figure l’importance non pas du, mais bien des pinceaux. «J’en utilise une douzaine de sortes différentes affectées à des usages spécifiques. Ainsi, la réalisation d’un arbre exige à elle seule trois différents.»

La confiance, enfin, car Bernard Völlmy devait en avoir à revendre en sa très inhabituelle aptitude à regarder pour se lancer dans une recherche aussi exigeante. Car, une fois maître de ses outils, il s’est attaqué à un patient examen de la façon de «bâtir» une aquarelle. Il a, bien sûr, longuement médité le montage chronologique d’un tableau, couche par couche. Mais il s’est aussi fixé pour objectif d’atteindre une maîtrise absolue de la fusion des couleurs, de l’étagement des plans, en vue d’un rendu tridimensionnel parfait. Cette obsession – «une maladie dont je ne tiens pas à me guérir!», comme Völlmy le précise avec humour – l’a sans doute conduit à son sommet technique actuel.

Si on l’y contraint, l’aquarelliste admet savoir dans quelle séquence un Larsson ou un Rockwell ont construit chacune de leurs peintures. Il répugne à en parler, comme coupable d’avoir violé leur intimité créatrice ou de s’être immiscé au-delà de l’acceptable.

En plus de cette maîtrise des plans, l’aquarelliste d’Oron a développé une technique qu’il n’a lue nulle part, fondée sur l’alternance du travail sur un papier tantôt sec, tantôt humide. D’où ses délicats enchaînements de tons et ses subtiles fusions de couleurs exemptes de la moindre auréole ou autre trace indue de pigments. De là aussi ses effets de perspective, voire de troisième dimension dont il est très fier, l’absence de «raccord» entre les tons, et l’extrême lisibilité de ses compositions.

Arrivé à ce stade, le paysagiste vaudois reconnaît que le sujet
de ses œuvres ne revêt plus la même importance qu’à ses débuts. «Désormais, l’ambiance m’intéresse avant tout, de même que la traduction d’une lumière ou la vibration d’un lieu, quel qu’il soit.»

Après avoir peint plus de cinq cent-quarante tableaux, résolu l’énigme de l’aquarelle et atteint une virtuosité sans faille, l’interrogation est permise: quel défi va bien pouvoir s’imposer ce talent aux appétits d’ogre? Si sa réponse a de quoi surprendre, elle présage aussi de nombreuses autres merveilles à venir: «Face aux affres de l’existence et à la difficulté d’être, je compte simplement jouir de la pratique de mon art qui constitue mon repos de l’esprit.» Puisse-t-il en être ainsi longtemps.

Grégoire Montangero

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Trois questions à Bernard Völlmy

En quoi vous différenciez-vous des autres aquarellistes?
Peut-être le fait que je suis un «malade» de l’aquarelle! Cette technique fait partie de moi au point que je tout ce que je contemple dans le monde m’apparaît en aquarelle!!! C’est une obsession: je me demande sans cesse comment rendre tel reflet sur un toit, tel éclat de lumière sur une fenêtre, telle transparence dans une robe, tel frémissement dans un feuillage… Vous voyez, je suis atteint d’aquarellite aiguë et le pire, c’est que je ne me soigne pas!

Votre peinture est d’une netteté étonnante pour de l’aquarelle

En effet, j’aime jouer sur le flou des arrière-plans (ce que j’appelle la «musique d’ambiance» posée sur papier humide) et un côté léché, réalisé sur papier sec. Comme je suis à la base caricaturiste, je ne peux m’empêcher de dessiner mes sujets plutôt que de les esquisser à grands coups de pinceaux. De plus, j’ai développé une technique particulière qui me permet de suggérer l’impression de profondeur (troisième dimension) et qui exige, de ce fait, de bien étager les différents plans.

Peignez-vous d’après nature ou improvisez-vous aussi?
Les deux! Lorsque j’étais gosse, mon père m’a fait développer – à la dure! – ma capacité d’observation. Depuis lors, je peux mémoriser un sujet dans ses moindres détails et le reproduire à l’atelier. Parfois, bien sûr, je peins sur le motif, parfois aussi, un tableau démarre d’après un exemple que je trace sans idée préconçue afin de répondre à la question d’un de mes élèves d’aquarelle. Si ce bout d’essai s’avère posséder de quoi constituer un bon tableau – ce qui arrive parfois contre toute attente! – je le complète en toute liberté.

Album

Introduction de G. Montangero

132 reproductions et dessins

22x21 cm

126 pages

ISBN:
2-940251-18-5

CHF 49.00 / 32.30 €

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