Trente textes littéraires inspirés par trente aquarelles de Bernard Völlmy
 

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Du pinceau à la plume
ouvrage collectif réalisé sous la direction de Simone Collet

Les yeux grands ouverts, l’esprit en éveil et le désir d’écrire aiguisé, Simone Collet – l’animatrice – et les participants à son Atelier d’écriture ont envahi l’espace de l’aquarelliste Bernard Völlmy.

Devant la richesse des tons aux transparences rares, la paix des champs et la douceur des cieux, la muse a surgi sans délai. Ainsi inspirés, poètes et écrivains ont trouvé les mots justes pour révéler un détail, évoquer une dimension cachée, exhumer un conte oublié ou distiller le fruit de leur imagination…

En témoignent les textes de ce recueil illustré : graves ou désinvoltes, en vers ou en prose, ces trente regards variés, sensibles et délicats nous entraînent, au gré des sentiers du cœur, du pinceau à la plume…

Textes de:
Simone Collet
Myriam Berney
Christiane Bonder
Jacqueline Borel-Freymond
Catherine Cherix Favre
Bruno Mercier
Yves Séchaud
Karine Signer
Sylvie Trolliet

 

   
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Des textes en tout genre (récit, poème, essai), librement inspirés au gré
des aquarelles de l'artiste Bernard Völlmy.

Des personnalités qui expriment leur ressenti par la plume et souhaitent faire acte de partage.

 

   
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Bonus

Foisonnement d'idées, beauté de la forme et du fond. Un livre généreux. – S. D., Montreux

J'apprécie les aquarelles de Bernard Völlmy et voilà que, grâce à elles, je découvre des plumes talentueuses. Mariage heureux! – J.-P. M., Les Avants

Pas de coupures de presse

 

Le chemin vers l’infini
par Christiane Bonder

Nous passerions de l’ombre à la lumière, de la naissance à l’éternité, si la dentelle des arbres ne tamisait de clair-obscur le chemin qui porte nos pas. Attardons-nous dans ce mystérieux enchantement afin de saisir, au loin, l’éblouissement de l’infini.

 

Sans-cœur
par Jacqueline Borel-Freymond

Du perron, Jeannot a sauté dans l’un des arbres aux cent cœurs. Il grimpe le long du tronc. Dissimulé par le feuillage, il s’installe sur une branche où il a ses habitudes sur le vieux coussin de poils feutrés roux et blancs.
La prunelle droite fermée, il lèche sa patte avant gauche : le dessus, qu’il lisse consciencieusement, puis le dessous, où il arrache, entre les coussinets, des brimborions importuns. Il s’allonge pour aiguiser ses griffes recourbées que Salomé, sa valétudinaire maîtresse, toujours à gémir, vernit parfois de pourpre lorsque l’idée l’en prend.
– Je ne suis ni un travelo ni une mousmé ! Encore heureux qu’elle ne m’enferme pas dans la cage ambulance pour me transporter avec elle à l’onglerie dont elle revient, pour une fois, satisfaite dans la contemplation de sa manucure américaine.
Jeannot ne pardonnera jamais à Salomé de l’avoir baptisé de ce prénom ridicule de lapin, ce mammifère si agité qu’il ne peut que finir très jeune dans une cocote de fonte noire avec trois feuilles de laurier en couronne mortuaire.
Quand Salomé d’aventure avance sur le perron, se tenant à la barrière, les frisettes auburn toutes fraîches, les épaules drapées frileusement de sa pashmina, Jeannot cueille de ses canines aiguisées l’un des cent cœurs sanglants qui pendent à l’arbre et le laisse tomber sur la première marche, juste avant que la mule emplumée ne s’y pose, paf !
– Sans-cœur, dit-elle.

 

Complainte d’un arbre solitaire
par Myriam Berney

J’habite un coin de terre ourlé d’une rivière.
J’y vis en solitaire, oublié des hommes.
Je regarde passer l’eau qui coule paresseusement entre les rives aux herbes
qui se teintent, selon les saisons, de vert, de roux ou encore de blanc.
C’est l’hiver que je préfère, quand le vent du nord arrive en renfort et fait glisser un souffle glacé sur la nappe d’eau frissonnante.
S’élèvent alors de sa surface de petits nuages doux composés de gouttes fines, presque imperceptibles. Légères, elles s’envolent pour former un
fantôme qui m’enveloppe en douceur.
Pour mieux les regarder, je me penche et découvre le miroir aux brumes.


Rêve de voyage
par Sylvie Trolliet

Le Maître vivait seul au milieu des eaux.
Pour aller le consulter, il fallait traverser à la barque.
Immobile sur la rive, elle se souvient :
– J’ai une question, Maître…
– Lève ton bol, ma fille et balaie ta chambre.
Le vieil homme demeurait silencieux des heures entières.
Un long temps a passé. Mais les mots qu’il disait sont restés ancrés, vivaces, en elle : « Nous ne sommes que de passage. » « Vis chaque instant, ici et maintenant. » Un jour, il la voit s’égarer dans une rêverie : « Ma fille, tu as la tête plus dure qu’une bûche. » Il connaissait son état intérieur même de loin, et sans la regarder.
Elle éprouve toujours pour Lui la même vénération. Vit-Il encore ? Elle l’ignore. Elle conserve Sa Parole, qu’elle a mis une vie entière à laisser résonner dans sa tête, à murmurer, à psalmodier, à chanter, à danser.
Face à elle, sous la barque amarrée, elle contemple le reflet inversé – esquif aussi, dit-on, dans l’autre monde –, chambre funèbre des amants interdits. Couchés sur des coussins de soie et de brocart, ils se tiennent enlacés, miraculeusement intacts, peau de soie et gorge d’ivoire, cheveux noirs et corps viril. Une fois dans l’année, raconte la légende, la flamme de leur
passion allume de rose les eaux vertes.
Elle recule lentement, frôle les roseaux figés comme des gardes. Elle croit entendre des bracelets qui tintent, des chuchotements d’oiseaux. Elle s’incline profondément : pour quelques heures, la passion l’emporte sur la sagesse. Elle ne traversera pas.

 

Triptyque
par Karine Signer

Trois fenêtres, une pour chaque temps. Je m’échappe par l’une d’elle.

Coulures grisâtres sur jaune céleste. Fissures dans la façade. Volets entrouverts. Sagesse d’une vieille bâtisse.

De ton bleu regard, je me souviens. Comme ces vitres teintées, couleur de tes yeux. Et je me penche au balcon de cette ancienne maison, pour te faire signe.

 

Harmonie
par Yves Séchaud

Le ciel et la terre s’unissent. Le rêve et le temps font alliance.
Odeurs et couleurs se confondent. Horizon et mémoire s’effacent dans la paix retrouvée.
Homme, dans ta quête perpétuelle de sérénité, inspire-toi de cette harmonie.

 

Liquido
par Bruno Mercier

Nos glaciers alpins en fusion
Se moquent de monstres diableries
D’une Terre fluide, où ma vision,
Marcher sur l’eau, est euphorie.

Protocole de Kyoto,
Changements climatiques

Au forum des pouvoirs liquides,
Davos, les argentiers décident :
On assèche les déserts peuplés,
On irrigue les plaines inondées.

Conférence de Rio,
Insouciante Amérique

Dans les villes devenues Venise,
Fuyant de longs trottoirs noyés,
Il reste de quelques Moïse,
L’eau des larmes de l’humanité.

Vive Porto Alegre !
La planète réchauffée

Chaque soir humide je dors serein,
Bordant Vénus dans mon lit d’eau.
Combien de ponts vais-je ériger
Pour te rejoindre sur l’autre rive ?
Les polders de demain
Naissent en milieu urbain.

 

Histoire d’A
par Catherine Cherix Favre

– Jamais je ne te quitterai…
Naïf, je te croyais !
La voix enjôleuse t’a fait miroiter luxueux port d’attache et compagnie prestigieuse. La voix câline t’a promis sièges en cuir et moteur poussé. Persuasive, la voix t’a offert teck, acajou, palissandre.
Enfin, théâtrale, la voix t’a juré fidélité et amours éternelles.
Et tu l’as crue, naïve !
Je souriais de son insolence. Je riais de son assurance. Je raillais tant d’impudence.
Mais tu n’as pas résisté. Même pas essayé.
Le désarroi a remplacé mon sourire, la tristesse a désarmé mon rire.
Quand une main hypocrite a dénoué la corde, tu rêvais. Quand un coup de pied humiliant m’a repoussé, tu convoitais.
Et quand j’ai pleuré, tu avais disparu.
Depuis je te regrette, je te guette, je t’espère.
Reviendras-tu m’accoster, barque traîtresse, avant que ne pourrisse mon bois, avant que mes pierres ne se descellent ?
Je t’aime.

Album

Simone Collet

31 aquarelles

22 x 21 cm

93 pages

ISBN:
2-940251-23-1

CHF 30.00 / 19.80 €

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